Afrique

Large alliance djihadiste au sud du Sahara

Une attaque terroriste a fait au moins 26 morts à Ouagadougou dans la nuit de vendredi à samedi. Revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique, elle confirme la capacité de nuisance des groupes islamistes dans la région

La capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, a été frappée par une attaque terroriste dans la nuit de vendredi à samedi. Au moins trois assaillants ont pris d’assaut l’hôtel Splendid et le café Capuccino, situés au cœur de la ville.

Selon un bilan provisoire des autorités burkinabés, l’opération aurait fait au moins vingt-six victimes de dix-huit nationalités différentes. Des morts parmi lesquels figurent deux politiciens suisses, l’ancien conseiller national et ex-patron de la poste Jean-Noël Rey et l’ancien député valaisan Georgie Lamon.

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Les attaques se multiplient

Des témoins racontent que les assaillants encagoulés ont fait irruption sur les lieux en début de soirée pour mitrailler le Capuccino, avant de se retrancher dans l’hôtel Splendid. Les forces burkinabées, soutenues par les forces spéciales françaises et des militaires américains, ont répliqué en menant un long assaut qui a pris fin le lendemain dans la matinée. Pendant le week-end, les recherches se sont poursuivies pour tenter de retrouver d’éventuels complices. L’attaque a été revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) qui l’attribue dans un communiqué au groupe Al-Mourabitoune, dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar.

Une autre attaque a pris pour cible le même jour des gendarmes burkinabés dans le nord du pays, tuant un agent et un civil. Et un couple d’Australiens a été enlevé à Baraboulé, à proximité de la frontière malienne. Le groupe jihadiste Ansar Dine aurait revendiqué son enlèvement au nom de la principale katiba (groupe de combattants) d’Aqmi au Mali, l’«émirat du Sahara.» Un deuil national de trois jours a été instauré.

L’attaque de Ouagadougou survient moins de deux mois après celle de l’hôtel Radisson à Bamako, la capitale du Mali voisin, qui avait fait vingt-et-une victimes. Or les deux actions terroristes comportent de nombreuses similitudes. La première est la cible: dans un cas comme dans l’autre, les terroristes ont visé des établissements prisés par une clientèle majoritairement internationale. La deuxième est le mode opératoire: des hommes armés ont chaque fois pris d’assaut un hôtel en ouvrant le feu de l’extérieur, avant de s’y retrancher et de tuer un maximum de personnes. La troisième est la signature: à Bamako comme à Ouagadougou, les mêmes groupes sont à l’œuvre. L’attaque du Radisson est même l’acte par lequel Aqmi et Al-Mourabitoune, un temps en rivalité, ont scellé leur rapprochement.

Dans le prolongement des attaques qui frappent le Mali

L’attaque de Ouagadougou est la première de cette ampleur au Burkina Faso. Mais le pays avait déjà connu des attaques terroristes au cours des derniers mois. En avril dernier, un ressortissant roumain avait été enlevé dans le nord du pays. Au mois d’octobre, trois gendarmes avaient été tués au cours de l’attaque de leur poste à la frontière malienne. La menace terroriste qui pesait sur le Burkina était donc connue. Mais l’ampleur et la violence de l’attaque de la semaine dernière esquissent une nouvelle donne sur le terrain.

Cette attaque apparaît comme le prolongement de celles qui frappent le Mali depuis que les groupes djihadistes qui avaient occupé le nord du pays en 2012, avant d’en être chassés en 2013, se sont convertis en groupes terroristes. Se pose dès lors la question de la capacité de nuisance de ces éléments basés au Mali: Aqmi, Al Mourabitoune, Ansar Dine, Front de libération du Macina.

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Tous les chefs militaires présents dans la sous-région ont assuré jusqu’à ces derniers jours que les formations djihadistes étaient affaiblies. Cela a notamment été le cas des représentants de la force antiterroriste française Barkhane, présente au Mali, au Burkina Faso et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest africain. Cette analyse est partagée par l’Etat major de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma). Et de fait, après avoir occupé les deux tiers du Mali pendant dix mois, les rebelles ne contrôlent plus aucune zone, la majorité de leurs combattants ont été tués ou capturés et le nombre de leurs militants au Mali ne seraient plus que quelques centaines (100 à 300 selon les sources). Les flux d’hommes et d’armes qui leur sont destinés, continuellement gênés par des opérations militaires, auraient été de plus réduits.

Un climat de terreur à Ouagadougou

Pour autant, leur capacité de nuisance demeure réelle et les attaques sanglantes de Bamako et de Ouagadougou n’en sont qu’une preuve supplémentaire. Au cours des derniers mois, les différents groupes se sont rapprochés les uns des autres et ont commencé à mener des opérations conjointes. Comme le montrent les attaques menées dans les capitales malienne et burkinabé, qui s’ajoutent aux nombreuses actions de moindre envergure frappant chaque semaine le nord du Mali.

Doit-on considérer, comme l’affirment les forces militaires qui s’y opposent, que ces attaques trahissent en réalité la faiblesse de leurs auteurs, qu’elles constituent des actes spectaculaires destinés à masquer des difficultés? Ou doit-on en déduire que ces groupes ont réussi à se réorganiser et qu’ils continuent de recruter parmi les populations locales? Ces opérations ont suffi en tout cas à instaurer un climat délétère dans la région. Et, en cela, les djihadistes ont déjà atteint un but.

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