Après l'élection ce mardi matin du président de la Knesset, le nouveau premier ministre israélien présentera son gouvernement et sollicitera le vote de confiance. Ehud Barak est parvenu à ses fins, mais cela lui a pris du temps. Il a en effet fallu un mois et demi au premier ministre israélien pour cimenter les éléments épars de la large coalition gouvernementale qu'il appelait de ses vœux dès le lendemain de son élection.

Sa patience a été payante: il a réussi finalement à réunir sous un même toit le parti orthodoxe séfarade Shas et la formation écolo-pacifiste Meretz. Une gageure! L'arithmétique parlementaire dictait à ses yeux une telle alliance «contre nature». Sa stratégie de paix lui imposait aussi de ratisser large en vue de bénéficier de tous les soutiens possibles dans l'opinion publique. De la même manière, il a reconduit David Lévy dans ses fonctions de ministre des Affaires étrangères pour cautionner une politique qu'aurait sans doute désavouée autrefois l'ex-dirigeant du Likoud. Ehud Barak cherche à mettre un maximum d'atouts de politique intérieure dans sa manche avant de s'asseoir à la table des négociations de paix. «Nous avons reçu mandat le 17 mai pour le changement, l'espoir et la paix. Nous avons reçu mandat de mettre fin au conflit de cent ans avec le monde arabe», affirmait hier Ehud Barak, sous les applaudissements des travaillistes.

Le premier ministre sortant venait pourtant de subir sa première défaite cuisante, et, de plus, infligée par ses propres amis politiques. Rien dans les traits du visage ne trahissait sa déconvenue, si ce n'était peut-être le ton rauque. Le candidat qu'il soutenait à la présidence de la Knesset, Shalom Simhon – un inconnu docile – n'a pas été retenu par le Comité exécutif du Parti travailliste, qui lui a préféré celui qui se pose comme son rival à la direction du parti, Avraham Burg, ex-président de l'Agence juive. Les péripéties de ces dernières semaines ont mis à rude épreuve les relations entre Barak et certains barons travaillistes. Ceux-ci n'apprécient ni ses méthodes «autoritaires», ni ses tendances à exercer le pouvoir en solitaire. Ils lui reprochent également sa «raideur» toute militaire et une attitude de mépris. Haim Ramon, ministre du futur gouvernement, n'hésitait pas à déclarer à la suite de la victoire d'Avraham Burg: «Chacun doit connaître ses limites.» Il ne citait pas le nom d'Ehud Barak, mais l'allusion était claire.

«Politiciens girouettes»

Un autre dirigeant de gauche passe de mauvais moments: Yossi Sarid, de Meretz, affronte la révolte de l'aile gauche pacifiste qui l'accuse «d'opportunisme politique». Le dirigeant de Meretz avait promis à ses électeurs au soir du 17 mai que «jamais il n'acceptera de siéger aux côtés de ministres du Shas». Il est revenu sur son engagement. Il dit comprendre ceux qui lui rappellent avec véhémence sa promesse. Il leur rétorque: «Je comprends vos intentions, mais les voies de l'enfer sont aussi pavées de bonnes intentions». Ces militants pacifistes accusent Yossi Sarid de faire passer les intérêts politiques du parti avant toute autre considération. «Les gens en ont marre des politiciens girouettes. Ils ont élu 10 députés de Meretz pour introduire un peu de moralité dans la vie publique. Mais si nous nous comportons comme les autres, pourquoi alors voter Meretz?» se demandent-ils. Shas leur apparaît être une menace aussi réelle contre la démocratie que l'effort de colonisation du gouvernement précédent. «Ces hommes en noir ne visent qu'à mettre en place l'Etat théocratique. Leur confier des leviers du pouvoir est dans ces conditions suicidaire», affirme Myriam Berger, jeune militante pacifiste. Elle se déclare en revanche pleine d'admiration pour Tonny Lapid, dirigeant du parti Shinouï (6 députés), qui a refusé d'entrer au gouvernement pour ne pas avoir à côtoyer les tenants de «l'obscurantisme religieux». Yossi Sarid ne tient pas compte de ces récriminations. A l'instar d'Ehud Barak, il croit que la pacification du Proche-Orient vaut bien quelques concessions passagères aux tenants de l'ultraorthodoxie.