«L'utilisation de l'énergie atomique à des fins militaires est aujourd'hui plus que jamais un crime, non seulement contre l'homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d'avenir dans notre maison commune», a déclaré François dans un message prononcé au Mémorial de la paix de Hiroshima, non loin du lieu où avait été larguée la bombe américaine le 6 août 1945.

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Il avait plus tôt dans la journée rejeté à Nagasaki, frappée trois jours plus tard par une deuxième bombe A, la doctrine selon laquelle posséder l'arme nucléaire pour dissuader les attaques est le moyen de garantir la paix. Une «fausse sécurité» qui envenime au contraire les relations entre les peuples, avait-il lancé dans cette ville de l'île de Kyushu dans le sud-ouest du Japon, où ses propos ont résonné devant des survivants du bombardement dans lequel ont péri au moins 74 000 personnes.

«La véritable paix ne peut être qu'une paix désarmée», a-t-il plus tard martelé dans son discours à Hiroshima, où au moins 140 000 personnes périrent le matin de l'attaque et dans les mois qui suivirent. «La possession d'armes nucléaires est immorale», a-t-il ajouté, sortant du texte prévu pour son discours. L'horreur de la guerre et des armes, un cri récurrent de l'Argentin Jorge Bergoglio, s'inscrit dans la continuité des papes qui l'ont précédé. Mais un rejet clair de la théorie de la dissuasion nucléaire constitue une rupture avec le passé. Devant l'ONU en 1982, Jean-Paul II avait défini cette doctrine comme un mal nécessaire "dans les conditions actuelles».

«Atroces souffrances»

Le pape s'est aussi insurgé dimanche contre toute la filière de l'armement: «La fabrication, la modernisation, l'entretien et la vente d'armes toujours plus destructrices sont un outrage continuel qui crie vers le ciel.»

Il a rencontré des survivants de la bombe, appelés «hibakusha» au Japon, et rendu hommage à «la force et la dignité» de ceux qui ont supporté dans leur corps «les souffrances les plus atroces» et «dans leur esprit, les germes de la mort».

«Ma mère et ma soeur aînée ont été tuées, carbonisées. Même si vous surviviez, vous ne pouviez plus vivre comme des humains ni mourir comme des humains (...). C'est toute l'horreur des armes nucléaires», avait expliqué à la presse Sakue Shimohira, âgée de 85 ans, qui a remis au pape une gerbe de fleurs blanches à Nagasaki, devant le principal monument du «parc de la paix», lieu central de l'impact de la bombe atomique.

«Sur l'humanité toute entière»

A Hiroshima, de nombreux rescapés sont montés sur le podium. François les a salués un à un et a pris dans ses bras une femme en pleurs. Dans un message lu pour lui devant le pape, Koji Hosokawa, qui avait 17 ans en 1945, a évoqué les «préjugés» qui isolent les victimes irradiées. «Je pense que tout le monde devrait avoir conscience du fait que les bombes atomiques ont été larguées non pas sur Hiroshima et Nagasaki mais sur l'humanité tout entière», a écrit ce survivant.

«Ce pays a connu comme peu le niveau de destruction dont l'être humain est capable», a dit François dans son homélie au cours d'une messe en plein air célébrée devant 35 000 personnes dans un stade de baseball de Nagasaki.

Le Japon, doté d'une Constitution pacifiste dictée par l'occupant américain après la Seconde Guerre mondiale, s'est par ailleurs donné en 1967 pour principes de «ne pas produire, détenir ou introduire sur son territoire d'armes nucléaires». Reste que le pays dépend du parapluie nucléaire américain pour sa sécurité.

François, qui avait décollé pour Tokyo dimanche soir, rencontrera dans la capitale lundi des victimes du séisme de magnitude 9 survenu au large du nord-est du Japon et du tsunami, qui a tué quelque 18 500 personnes le 11 mars 2011, une catastrophe naturelle suivie par le désastre nucléaire de Fukushima. A peine 440 000 Japonais sont catholiques, sur une population totale de 126 millions d'habitants.