Allemagne

L’armée allemande quitte la Turquie pour la Jordanie

Les membres du Bundestag ne supportent plus de dépendre de l’humeur d’Ankara pour accéder à la base d’Incirlik. Ils ont décidé de lui préférer celle d’Al-Asrak, à l’est d’Amman

260 soldats, 6 avions de combat et de reconnaissance Tornado, un avion de ravitaillement en vol et 200 containers de matériel… Le déménagement de la Bundeswehr de la base militaire d’Incirlik dans le sud de la Turquie vers Al-Asrak en Jordanie prendra deux mois, en raison notamment de la complexité du transport de la station au sol chargée d’analyser les données fournies par les Tornado. Début octobre, la Bundeswehr pourra reprendre sa participation aux opérations de la coalition contre l’organisation de l’Etat islamique.

Dégradations des relations entre Berlin et Ankara

A l’origine de ce déplacement: la dégradation des relations entre l’Allemagne et la Turquie. Ankara refuse de garantir un accès libre des députés du Bundestag à leur base turque. Mercredi, la chambre a voté à une large majorité le principe du déménagement. Contrairement à bien d’autres armées à travers le monde, la Bundeswehr est une armée «parlementaire». Histoire oblige, la Constitution allemande prévoit un strict contrôle de son armée par les députés du Bundestag. Aucun engagement militaire ne peut être décidé en République Fédérale par le seul gouvernement ou le chancelier.

Il ne faut plus investir le moindre centime sur la base d’Incirlik

Or, depuis un an et l’adoption par le Bundestag d’une résolution condamnant le génocide arménien, les relations entre Berlin et Ankara se sont considérablement dégradées. En représailles, le président Erdogan s’oppose depuis des mois à toute visite des députés du Bundestag sur la base militaire d’Incirlik, important site de l’Otan dans le sud de la Turquie. Pour l’Allemagne, cette opposition de principe et le «chantage» d’Ankara sont inacceptables.

«Il ne faut plus investir le moindre centime sur la base d’Incirlik», exige le député Vert Cem Özdemir, d’origine turque, lui-même régulièrement victime d’attaques en provenance d’Ankara. Même son de cloche du côté du SPD et des Chrétiens démocrates. Mis à part les néo-communistes de Die Linke, qui sont opposés à toute opération militaire à l’étranger, les groupes parlementaires représentés au Bundestag soutiennent tous le principe du déménagement vers la Jordanie.

Il est clair que la base jordanienne n’offrira pas les mêmes conditions de sécurité qu’à Incirlik, malgré la présence des Américains sur place à Al-Asrak

L’Allemagne a longtemps hésité à franchir le pas, malgré une nouvelle dégradation des relations avec la Turquie depuis la tentative de coup d’Etat de l’été 2016. «Il est clair que la base jordanienne n’offrira pas les mêmes conditions de sécurité qu’à Incirlik, malgré la présence des Américains sur place à Al-Asrak», souligne le chargé des questions militaires du Bundestag Hans-Peter Bartels, SPD. Entre l’Allemagne et Incirlik, les jets de la Bundeswehr ne survolent que des pays membres de l’Otan, ce qui ne sera pas le cas vers la Jordanie.

Al-Asrak est déjà utilisé par l’Otan

La ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, CDU, s’était rendue à plusieurs reprises au cours des derniers mois en Jordanie, pour négocier les conditions d’un déménagement avec le royaume. Le gouvernement allemand avait fixé son choix sur ce pays après l’échec d’une ultime tentative de négociation avec Ankara menée voici deux semaines par le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, SPD.

Al-Asrak est déjà utilisé par l’Otan dans la lutte contre l’Etat islamique. L’aviation américaine est également déployée sur ce site réputé pour ses conditions climatiques garantissant un ciel dégagé et une bonne visibilité. Déjà en 1918 le Britannique Thomas Edward Lawrence, plus connu sous le nom de Lawrence d’Arabie, avait utilisé l’endroit pour des opérations de décollage et d’atterrissage de l’aviation de Sa gracieuse Majesté.

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