Qui a dit que les Etats-Unis seraient incapables de mener deux guerres de front? Moins d'une heure avant que les premiers missiles ne s'abattent sur Bagdad, dans la nuit de mercredi à jeudi, l'armée américaine lançait l'une de ses plus vastes offensives en Afghanistan. Certes, les proportions de l'opération «Valiant Strike» (Frappe vaillante) n'ont rien à voir avec ce qui se prépare en Irak. Mais en engageant un millier de soldats contre des extrémistes islamistes dans le sud du pays, près de la frontière pakistanaise, le Pentagone n'a pas hésité à déployer le dixième de son contingent stationné en Afghanistan depuis la chute du régime des talibans à Kaboul.

Des éléments d'Al-Qaida

«Valiant Strike» a débuté jeudi à 6 h 00 (1 h 30 GMT) dans les montagnes de Sami Ghar, à une centaine de kilomètres à l'est de Kandahar, la grande ville du sud afghan, a indiqué le porte-parole du contingent américain en Afghanistan, le colonel Roger King. «Les Diables blancs (White Devils) de la Force tactique d'intervention interarmes 82 ont commencé l'opération «Frappe vaillante» avec une attaque de l'aviation […] ce matin», a déclaré le porte-parole américain. «Un millier d'hommes au total sont impliqués, si l'on prend en compte les moyens aériens mobilisés, mais les troupes engagées au sol sont nettement inférieures à ce chiffre», a expliqué le colonel King. Des hélicoptères d'attaque Apache, Black Hawk et Chinook soutiennent les manœuvres des forces terrestres, a-t-il déclaré. «Des forces spéciales américaines, des troupes de la 82e division aéroportée et d'autres de membres de la coalition internationale» qui opère en Afghanistan sous le commandement américain participent à cette opération. «Les forces engagées sont essentiellement américaines», a précisé l'officier.

«Valiant Strike», a expliqué le colonel King, consiste en «actions offensives à l'est de Kandahar», ancienne place forte du régime des talibans (1996-2001), à la poursuite d'«objectifs spécifiques» qu'il n'a pas identifiés. L'opération n'a aucun rapport avec ce qui se passe en Irak, a assuré le colonel King: «C'est une coïncidence. Cette opération avait été planifiée depuis un certain temps, […] depuis deux mois», a-t-il affirmé. «Nos soldats sont particulièrement attentifs à toutes les possibles activités ennemies, conséquences du début des hostilités sur le théâtre irakien», a commenté le porte-parole.

A Kandahar, le chef de corps Khan Mohammad, de l'armée afghane, a indiqué que des militaires américains et afghans avaient quitté la ville mercredi soir pour «mener une opération de recherche d'éléments de l'organisation Al-Qaida» dans le district de Maruf, à 120 km à l'est de Kandahar et à une trentaine de kilomètres à l'ouest de la frontière pakistanaise. En janvier dernier, l'armée américaine avait engagé quelque 300 soldats américains dans ce même district, dans les montagnes d'Adi Ghar. Selon le bilan dressé par l'armée américaine, 18 combattants islamistes, éléments pro-talibans, membres d'Al-Qaida ou partisans présumés du leader islamiste Gulbuddin Hekmatyar, avaient été tués au cours de cette opération «Mangouste», et tout un réseau de grottes leur servant de base avait été neutralisé.

A la mi-février, les militaires américains avaient lancé une nouvelle offensive, baptisée «Fureur de l'Aigle», cette fois dans le centre de l'Afghanistan, au nord de la province de Helmand. Après «Mangouste» et «Fureur de l'Aigle», «Frappe vaillante» est la troisième opération majeure menée par les forces américaines en Afghanistan depuis le début de l'année. «Nous avons mené par le passé toute une série d'opérations du même genre en Afghanistan. Ceci en est une de plus», a conclu laconiquement le colonel King, qui s'est refusé à donner tout autre détail sur cette nouvelle action en cours.

Les Etats-Unis vont «rester aussi longtemps qu'il le faudra» en Afghanistan «où la guerre n'est pas finie», a pour sa part déclaré jeudi à Vienne David Johnson, depuis mai 2002 coordinateur de l'administration américaine en Afghanistan.