L’armée égyptienne a prévenu lundi qu’elle interviendrait si les revendications du peuple n’étaient pas satisfaites dans les prochaines 48 heures. L’annonce a suscité une explosion de joie parmi les opposants à Mohamed Morsi rassemblés place Tahrir au Caire, qui estiment que l’armée pousse ainsi le président vers la sortie.

Dans un message lu à la télévision, le commandement militaire a «réitéré sa demande pour que les revendications du peuple soient satisfaites» et a «donné (à toutes les parties) 48 heures, comme dernière chance de prendre leurs responsabilités face aux circonstances historiques auxquelles le pays fait face».

«Si les revendications du peuple ne sont pas satisfaites durant cette période, [les forces armées] annonceront une feuille de route et des mesures pour superviser leur mise en œuvre», selon cette déclaration.

«Morsi n’est plus notre président, Sissi avec nous», ont scandé les manifestants, en référence au général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l’armée et ministre de la Défense, dont la photo est apparue à l’écran pendant la lecture de la déclaration.

Les ministres du Tourisme, de l’Environnement, des Communications, et des Affaires juridiques et parlementaires ont remis ensemble leurs lettres de démission au premier ministre Hicham Qandil, au lendemain de manifestations massives contre le président islamiste Mohamed Morsi, a indiqué un haut responsable gouvernemental.

Le ministre du Tourisme, Hicham Zaazou, avait déjà voulu démissionner le mois dernier en raison de la nomination comme gouverneur de la région très touristique de Louxor d’Adel al-Khayyat, membre d’un parti islamiste lié à un groupe radical ayant revendiqué en 1997 une attaque qui avait coûté la vie à 58 touristes étrangers près de cette ville.

Le siège des Frères musulmans attaqué

Au Caire, des manifestants égyptiens ont attaqué le siège des Frères musulmans, au lendemain de heurts meurtriers entre partisans et opposants du président Morsi, issu de la puissante confrérie. Le bâtiment, dans le quartier du Moqattam situé dans l’est du Caire, a été envahi et pillé par des assaillants après avoir été en partie incendié.

Certains ont jeté des objets par les fenêtres, tandis que d’autres ont emporté des casques, des gilets pare-balles, des postes de télévision, des meubles et des documents. Des témoins ont affirmé à l’AFP qu’aucun membre de la confrérie ne se trouvait à l’intérieur car ils avaient été conduits hors du bâtiment avant l’attaque.

Aux abords de l’immeuble, des manifestants scandaient des slogans hostiles au président Morsi et aux Frères musulmans sur fond de musique patriotique.

Ultimatum lancé à Mohamed Morsi

«Nous donnons à Mohamed Morsi jusqu’à mardi 2 juillet à 15h00 GMT pour quitter le pouvoir et permettre aux institutions étatiques de préparer une élection présidentielle anticipée», affirme un communiqué de Tamarrod publié sur son site internet. En cas de refus, «mardi 15h00 GMT sera le début d’une campagne de désobéissance civile totale».

Tamarrod (rébellion en arabe), soutenu par de nombreuses personnalités et des mouvements de l’opposition laïque, libérale ou de gauche, assure avoir collecté plus de 22 millions de signatures pour une présidentielle anticipée, soit plus que le nombre d’électeurs de Mohamed Morsi en juin 2012 (13,23 millions).

C’est ce mouvement qui avait appelé à des manifestations monstres, au cours desquelles dimanche des «millions» d’Egyptiens, selon l’armée, ont défilé à travers le pays à l’occasion du premier anniversaire de la prise de fonctions du premier président civil d’Egypte.

Dans son communiqué, Tamarrod appelle l’armée, la police et l’appareil judiciaire à «clairement se positionner du côté de la volonté populaire représentée par les foules» de manifestants dimanche.

Le mouvement rejette en outre l’appel au dialogue lancé dimanche par le président Morsi. «Impossible d’accepter les demi-mesures. Il n’y a pas d’autre alternative que la fin pacifique du pouvoir des Frères musulmans et de leur représentant, Mohamed Morsi», affirme-t-il.

Six personnes ont été tuées dans des heurts dimanche entre partisans et adversaires du chef de l’Etat, selon un bilan communiqué lundi par un responsable du Ministère de la santé s’exprimant sur une chaîne de télévision privée.

Le siège du parti au pouvoir en feu

Des manifestants avaient attaqué dimanche soir le siège cairote du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), vitrine politique des Frères musulmans dont est issu Mohamed Morsi. Des images diffusées par la télévision ont montré l’immeuble en feu attaqué par des dizaines de personnes qui lançaient des pierres et des cocktails Molotov.

Des partisans de la puissante confrérie ont répliqué par des tirs de chevrotine. Plus tard dans la nuit, des tirs à l’arme automatique ont été entendus aux abords du bâtiment.

Des centaines de manifestants ont passé la nuit sur la place Tahrir du Caire et devant le palais présidentiel, à l’issue d’une journée marquée par des manifestations, d’une ampleur sans précédent depuis la révolte qui fit chuter Hosni Moubarak début 2011.

«Vive le peuple», titrait le quotidien indépendant Al-Tahrir, tandis qu’Al-Masry al-Youm évoquait «La révolution du 30 juin».

L’Egypte est profondément divisée entre les adversaires de Mohamed Morsi, qui dénoncent une dérive autoritaire du pouvoir destinée à instaurer un régime idéologiquement et politiquement dominé par les islamistes, et ses partisans, qui soulignent qu’il puise sa légitimité dans la première élection présidentielle libre de l’histoire du pays.