50 000 soldats fantômes dans l’armée d’Irak

Moyen-Orient Affaire de corruption

En essayant de trouver les raisons de la déroute de son armée face aux djihadistes de l’Etat islamique (EI), le premier ministre irakien Haïdar al-Abadi a découvert une gigantesque affaire de corruption: 50 000 membres de son armée n’existaient que sur les fiches de salaire. Leur solde était versée mais détournée par la hiérarchie. La pratique durait depuis des années sans que personne n’y ait prêté attention. En tout, des centaines de millions de francs auraient été ainsi subtilisés. Dans la foulée des révélations, le premier ministre a limogé lundi 24 hauts responsables des forces de sécurité. Depuis son arrivée au pouvoir, en septembre, le nouvel homme fort de l’Irak a entrepris une réforme radicale de l’armée.

Réformer de fond en comble

Le pot aux roses a été découvert à la suite d’une enquête minutieuse: un décompte rigoureux des effectifs et la vérification de toutes les fiches de paie des employés de l’armée, selon un communiqué publié dimanche par le bureau du premier ministre. Des centaines de gradés seraient mouillés dans cette fraude à tous les niveaux hiérarchiques: ils déclaraient avoir plus de personnel qu’ils n’en avaient réellement et se faisaient verser les salaires sous des noms fictifs, utilisaient aussi des prête-noms et partageaient la solde avec les personnes dans le secret.

Autre aspect de cette malversation, certains déserteurs ou militaires décédés n’ont pas été déclarés comme tels et leurs salaires ont continué à être versés et indûment perçus. Karim Pakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l’Irak, ne s’étonne pas de cette pratique: «L’Irak en général est rongé par la corruption. Et c’est d’autant plus vrai pour l’armée, qui a été totalement démantelée après l’invasion américaine et qui est encore en phase de reconstruction.»

Haïdar al-Abadi a promis qu’il allait intensifier la lutte contre la corruption. «Mais cela prendra du temps, car la tâche est colossale. Les rapports entre le secteur public irakien et tous les autres acteurs de la société irakienne manquent totalement de transparence. Même les milices qui soutiennent l’effort de guerre du gouvernement de Haïdar al-Abadi ne le font pas par conviction, mais pour de l’argent ou dans un jeu d’alliances», analyse Karim Pakzad.

Depuis trois mois qu’il est au pouvoir, le premier ministre a limogé plusieurs généraux. Il a annoncé la création d’une nouvelle structure de commandement militaire avec «l’intégrité, l’efficacité et le courage comme critères pour les nominations». Ce coup de balai devrait bientôt concerner les autres institutions irakiennes, même s’il pourrait n’être qu’un coup d’épée dans l’eau.