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L’armée fantôme des Etats-Unis

Washington a confirmé l’arrivée de quelques dizaines de nouveaux combattants. Pas de quoi effacer la déroute de sa «Division 30»

En Syrie, l’armée fantômedes Etats-Unis

Syrie Washington a confirmé l’arrivée de quelques dizaines de nouveaux combattants

Pas de quoi effacer la déroute de sa «Division 30»

Les Etats-Unis viennent de multiplier par… vingt le nombre de combattants syriens déployés sur le terrain. Une mesure, pourtant, moins spectaculaire qu’il n’y paraît. La semaine dernière, le général Lloyd Austin, chef de l’United States Central Command, concédait qu’il ne restait plus guère que «4 ou 5» de ces combattants recrutés et entraînés par les Etats-Unis. Leur nombre est désormais porté à quelque 80, depuis qu’un nouveau contingent a passé la frontière turque ce week-end et s’est approché de la grande ville d’Alep. Mais les premières nouvelles ne sont pas bonnes. En vérité, tout fait croire à un nouveau fiasco, ces troupes fraîches à peine arrivées dans le guêpier syrien.

A Washington, on évoquait d’abord le chiffre de 15 000 combattants. Puis on l’a ramené à 5000, pour la première année. Mais ce programme, pour lequel le Congrès américain avait débloqué l’année dernière la somme de 500 millions de dollars, a rapidement tourné au cauchemar. Les CV des centaines de candidats potentiels ont été scannés, et pratiquement tous rejetés, dévoilait récemment le New York Times. Une condition, surtout, apparaissait rédhibitoire: ces combattants sunnites doivent s’engager à ne s’opposer qu’aux djihadistes du groupe Etat islamique (Daech, également sunnite), en laissant le champ libre à l’armée syrienne et aux groupes qui la soutiennent.

Résultat: lorsque la première vague de ces combattants (54 membres, recrutés notamment dans les camps de réfugiés) a pénétré en Syrie, elle n’a tenu que quelques semaines. Peu familiers du terrain, mal entraînés, peu motivés… les nouveaux venus ont été enlevés par les troupes du Front Al-Nosra (Al-Qaida en Syrie), se sont perdus dans la nature ou ont été tués, bombardés notamment par les avion­s de l’armée de Bachar el-Assad. Une débâcle complète, et un non-dit: il est en effet difficile de croire que les combattants d’Al-Nosra aient pu agir ainsi sans l’aval, au moins tacite, de la Turquie, qui est l’un de ses principaux tuteurs régionaux.

Depuis lors, la photo des «4 ou 5» survivants a circulé abondamment sur les réseaux sociaux. T-shirts noirs, lunettes de soleil, l’air un peu perdu: ils étaient quatre, en vérité. Le cinquième est peut-être l’auteur de la photo.

Après la stupeur provoquée auprès des parlementaires américains par le bilan du général Lloyd Austin, Washington a confirmé que plus de 70 nouvelles recrues ont été dépêchées dans le nord syrien. Appuyés par l’aviation américaine, à bord d’une dizaine de véhicules militaires, ils auraient pour tâche de faire revivre la Division 30, lamentablement décimée.

La malédiction du mauvais œil? Samedi, à l’aube des nouveaux combats, le chef d’état-major de la Division 30, le «colonel» Mohammad Daher, annonçait sa démission. En cause, pêle-mêle, «la lenteur» de tout le processus, «l’hétérogénéité» des combattants réunis, le «manque de sérieux» de la sélection et de l’entraînement. Le Pentagone, mardi soir, n’avait pas encore confirmé l’annonce de cette démission.

Washington n’avait pas non plus confirmé un autre départ, bien plus emblématique: celui du général américain à la retraite John Allen, qui était jusqu’ici le représentant spécial du président Barack Obama auprès de la coalition internationale en charge de combattre l’Etat islamique. L’agence Bloomberg donnait pour acquis ce départ d’ici à l’automne. Et elle en détaillait les raisons: le manque de moyens donnés aux combattants sur le terrain et l’incapacité, pour une force aérienne, de lutter efficacement contre les djihadistes en l’absence de forces terrestres…

Ce départ intervient après que des informations récentes semblent montrer que la CIA a «enjolivé» ses rapports en matière de lutte contre l’Etat islamique. A tel point que la fronde régnerait au sein du commandement en charge du Proche-Orient (le Central Command) d’où proviennent les rapports initiaux, beaucoup moins «roses» que ceux transmis par la suite aux parlementaires américains.

Alors que la Russie, de son côté, s’emploie à accroître sa présence militaire aux côtés de l’armée de Bachar el-Assad (lire ci-dessous), les plans de l’administration Obama semblent montrer pleinement leurs limites.

C’est du moins ce qu’expliquait mardi devant des membres du Congrès l’ancien chef de la CIA, le général David Petraeus. «Le problème central en Syrie, c’est que nous n’obtiendrons pas l’alliance des sunnites contre l’Etat islamique, à moins que nous nous engagions à les protéger, eux et l’ensemble de la population, contre tous leurs ennemis, et pas seulement contre l’EI», constatait-il. Sous-entendu: être prêt, également, à se battre contre l’armée syrienne.

Il y a peu, le général allait plus loin, provoquant un tollé en prônant une alliance de fait avec… Al-Nosra, soit Al-Qaida. L’ennemi d’hier.

Le programme, financé à hauteur de 500 millions de dollars, a tourné au cauchemar

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