Les forces irakiennes ont confirmé ce matin avoir libéré la ville de Ramadi, à l’ouest de Bagdad, et levé le drapeau national sur le complexe gouvernemental, selon un porte-parole du commandement irakien des opérations cité par l’AFP.

De Bagdad à Kerbala, des centaines d’Irakiens ont célébré comme acquise, dimanche 27 décembre, la victoire de leurs forces armées contre l’organisation Etat islamique à Ramadi. Après plusieurs jours de violents combats dans le chef-lieu de la province sunnite de l’Anbar, à 130 kilomètres à l’ouest de la capitale, les djihadistes ont abandonné le complexe gouvernemental, leur principale position dans le centre-ville.

«Contrôler ce complexe signifie qu’ils ont été vaincus», a annoncé Sabah Al-Noumani, porte-parole de la force antiterroriste qui a dirigé l’assaut au côté de l’armée. Dans les quartiers presque entièrement détruits par les combats et les pièges explosifs disposés par l’EI, les troupes gouvernementales évoluaient prudemment, à la recherche des derniers djihadistes. «La prochaine étape est de nettoyer les poches qui pourraient encore exister ici et là dans la ville.»

Premier succès des forces fédérales sans les milices chiites

Sans attendre l’annonce officielle de la libération, le président du Parlement et député sunnite, Salim Al-Joubouri, a salué «les héros des forces de sécurité pour cette victoire magnifique qui a libéré la ville de Ramadi du terrorisme. Ce succès «est le résultat de mois de dur travail de l’armée irakienne, des services de lutte antiterroristes, des forces aériennes irakiennes, des polices locales et fédérales ainsi que des combattants des tribus, tous soutenus par les plus de 600 frappes aériennes de la coalition depuis juillet», a souligné le porte-parole de la coalition internationale contre l’EI menée par les Etats-Unis, le colonel Steve Warren.

Après avoir été mises en déroute par l’Etat islamique, qui s’est emparé d’un tiers du pays en juin 2014, et encore humiliées par la perte de Ramadi, le 17 mai 2015, les forces fédérales tiennent leur revanche. Leur premier succès sans l’aide des puissantes milices chiites soutenues par l’Iran. Ces milices, regroupées au sein des unités de la mobilisation populaire (MP), avaient joué un rôle central dans la libération de Tikrit, au nord de Bagdad, en avril. Elles ont été tenues à l’écart de la bataille de Ramadi par le premier ministre Haider Al-Abadi et la coalition internationale, par crainte des tensions avec les populations sunnites.

31 frappes de la coalition en six jours

La contre-offensive gouvernementale, lancée fin mai, a été ralentie par les chaleurs estivales insoutenables dans cette région désertique, les pièges explosifs et les attaques-suicides de l’EI, ainsi que l’impréparation des forces irakiennes. L’armée américaine a formé et équipé trois brigades, avec notamment 5 000 missiles antichars, et 8 500 combattants tribaux sunnites pour stabiliser les zones libérées. Après avoir coupé les routes de ravitaillement et encerclé Ramadi, fin novembre, les forces gouvernementales ont lancé, le 22 décembre, l’assaut sur le centre-ville, avec le soutien des avions de la coalition, qui ont mené 31 frappes en six jours.

Les 300 djihadistes, retranchés dans le centre-ville avec 4 000 à 10 000 habitants, ont concentré leur défense aux abords du complexe gouvernemental. Au moins cinq membres des forces de sécurité ont été tués dans les combats depuis vendredi, selon des informations provenant des services de sécurité. Des sources médicales à Bagdad ont rapporté que 93 membres des forces irakiennes avaient été blessés et hospitalisés durant la seule journée de dimanche. Plus de cinquante djihadistes ont été tués au cours les dernières quarante-huit heures, selon des responsables militaires.

Sécuriser la banlieue est de Ramadi, dernier retranchement de l’EI

Lors de l’assaut, près de 250 familles avaient réussi à fuir la ville avant de rejoindre les camps de déplacés, dans l’Anbar, à Bagdad ou au Kurdistan irakien, qui accueillent déjà 3,2 millions de déplacés irakiens. D’autres familles se sont retrouvées prises au piège des combats ou utilisées comme boucliers humains par les djihadistes, selon des témoignages recueillis par l’Agence France-Presse. «Les combattants de Daech [acronyme arabe de l’EI] ont forcé toutes les familles habitant près du complexe à partir avec eux afin qu’ils puissent fuir vers la banlieue est de Ramadi», a affirmé un responsable du quartier Khaldiya, Ali Dawoud.

Les derniers combattants de l’EI pourraient s’être retranchés dans cette zone. «Il y a encore des quartiers dans lesquels les forces irakiennes ne sont pas entrées. Elles doivent les sécuriser, déminer les engins explosifs et amener les forces pour tenir les zones libérées», estime Patrick Martin, du think tank Institute of Study of War, basé à Washington. Le gouvernement Abadi a fait savoir que l’agglomération, une fois sécurisée, serait rendue à la police locale et à une force tribale sunnite, une mesure destinée à rallier les membres de cette communauté contre l’EI.

Mossoul, prochaine cible

Ramadi ne constitue pas une perte stratégique pour l’Etat islamique, estime M. Martin. Dans la province de l’Anbar, frontalière de la Syrie, la Jordanie et l’Arabie saoudite, le groupe contrôle encore la majorité des villes situées le long de l’Euphrate. Elles pourraient servir de base arrière pour de nouvelles offensives de l’EI sur Ramadi. Alors que les unités de la MP avancent lentement autour de Falouja, bastion de l’insurrection djihadiste à 45 kilomètres à l’est de Ramadi, c’est en direction de Mossoul, dans le nord, deuxième ville du pays et fief de l’EI en Irak, que les autorités de Bagdad regardent désormais.

«La libération de notre chère Mossoul se fera grâce à la coopération et à l’unité de tous les Irakiens après la victoire à Ramadi», avait annoncé vendredi M. Abadi. Une coordination entre Bagdad et les forces kurdes irakiennes sera notamment essentielle pour espérer réunir les 80 000 hommes nécessaires à cette bataille, annoncée depuis septembre 2014, et sans cesse reportée.