Aidée par des paramilitaires et une coalition menée par les Américains, l’armée irakienne était en passe dimanche de chasser l’Etat islamique de Tal Afat. Cette ville était le dernier bastion de l’EI en Irak et l’objectif ultime de la reconquête menée par Bagdad.

Tal Afar, située entre la frontière syrienne et Mossoul, reconquise début juillet, était le dernier grand objectif de l’opération de reconquête lancée par les forces irakiennes avec le soutien de la coalition formée par les Etats-Unis, trois ans après la proclamation par l’EI d’un «califat» à cheval sur l’Irak et la Syrie.

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Après huit jours de combats, les 29 quartiers de la ville même ont été repris aux djihadistes. L’armée a notamment reconquis le centre-ville ainsi que la citadelle ottomane qui le surplombe, perchée sur une colline. Au pied de la Grande mosquée au long et fin minaret endommagé par les combats, un énorme cratère témoignait de la violence des frappes sur la ville, a constaté un journaliste de l’AFP.

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Suspendus au sort d’Al Ayadiya

Les derniers combats concernent seulement le secteur d’Al Ayadiya, faubourg à 11 km au nord-ouest de Tal Afar proprement dit, où les djihadistes qui ont fui le centre de la ville se sont réfugiés, a déclaré le général Yahya Rassoul, porte-parole de l’armée irakienne.

Les autorités de Bagdad attendent la chute d’Al Ayadiya pour proclamer leur victoire, dit l’armée.

Un djihadiste pour 25 militaires

L’offensive contre Tal Afar a commencé le 20 août. On estimait à quelque 2000 le nombre de djihadistes retranchés dans l’agglomération avant le déclenchement des opérations, et ils ont fait face au feu de 50 000 militaires. Des habitants qui ont fui Tal Afar quelques jours avant l’offensive avaient déclaré à Reuters que les djihadistes avaient l’air «épuisé» et peu nombreux.

L’avancée à Tal Afar, qui comptait au moins dix fois moins d’habitants que Mossoul avant l’entrée des djihadistes en 2014, est d’une rapidité sans commune mesure avec celle dans Mossoul. La ville était encore densément peuplée à l’entrée des troupes en novembre 2016 et les combats avaient duré neuf longs mois.

Soutien crucial

Dans leur progression, les forces irakiennes ont été aidées par les avions irakiens et de la coalition internationale anti-EI, qui pilonnent la région depuis des semaines.

Parmi les membres de cette coalition l’on compte la France, qui va accorder à l’Irak un prêt de 430 millions d’euros (490 millions de francs) en 2017, a annoncé samedi le ministère français des Affaires étrangères en déplacement à Bagdad.

Une ville déjà morte

Les 200 000 habitants de Tal Afar, en majorité Turkmènes chiites, ont pour beaucoup fui l’occupation djihadiste à partir de l’été 2014. Alors que les humanitaires se préparaient à un nouvel exode de civils au fur et à mesure de l’avancée des troupes, jusqu’ici le flux de déplacés est ténu, assurent combattants et humanitaires.

Parmi eux, Abou Zineb est revenu dans sa ville, désormais fantôme et où les dégâts sont importants, en tant que combattant du Hachd al-Chaabi, des unités paramilitaires dominés par les milices chiites.

Il accuse les djihadistes d’avoir «tout fait exploser». «Ils détruisent les maisons en raison des combats, mais aussi pour empêcher les habitants de revenir», affirme le trentenaire.

Les civils qui sont toujours pris au piège sont menacés de mort par les hommes de l’EI, déclarent des ONG caritatives et des habitants qui ont pu s’échapper.

Encore deux objectifs en Irak

Alors que se dessine la fin des opérations à Tal Afar, les forces anti-EI en Irak ont encore deux objectifs.

D’un côté, Hawija, à près de 300 km au nord de Bagdad, dans la province de Kirkouk. De l’autre, trois localités de l’ouest désertique frontalier de la Syrie: al-Qaïm, Rawa et Anna, tenues par l’EI.