Silence sur toute la ligne. Les responsables israéliens refusent de confirmer ou d’infirmer les informations en provenance des Etats-Unis selon lesquelles l’armée israélienne, Tsahal, aurait, au cours d’une attaque lancée le 5 juillet, entièrement détruit le plus important stock d’armes et de matériel de l’armée syrienne situé à El-Samyeh, dans la banlieue est du port de Lattaquié.

«Nous avons déjà fixé publiquement des lignes rouges dont le franchissement porterait atteinte à nos intérêts. Il n’y a rien de nouveau depuis lors», a déclaré le ministre israélien de la Défense Moshé Yaalon. Les explosions d’El-Samyeh passent d’ores et déjà pour une opération majeure puisque l’entrepôt principal et les bâtiments annexes, dont certains sont rasés jusqu’aux fondations, contenaient du matériel destiné au Hezbollah ainsi que des armes de pointe livrées à l’armée syrienne par la Russie. Parmi elles figuraient des missiles Yakhont d’une portée de 300 km susceptibles de frapper les plateformes pétrolières et gazières d’Israël.

En six mois, l’armée israélienne a lancé deux importants raids aériens en territoire syrien, pulvérisant au passage des cargaisons de roquettes et des missiles russes destinés au Hezbollah. Cependant, à l’occasion du troisième assaut, celui de Lattaquié, aucun mouvement aérien n’a été détecté. Tout porte donc à croire que l’entrepôt du port syrien a été détruit à l’aide de fusées lancées par l’un des cinq sous-marins Dolphin en possession de la marine de l’Etat hébreu.

Les photos prises avant et après l’attaque par un satellite commercial américain démontrent en tout cas que les frappes ont été puissantes et précises. Ce qui exclut d’emblée une action de l’Armée syrienne libre (ASL). «Nous n’y sommes pour rien mais nous sommes certains que la base d’El-Samyeh a été visée à partir de la mer», confirme Kassem Saaddedine, un porte-parole des rebelles combattant dans la région.

Paradoxalement, le régime de Damas refuse d’imputer l’opération à l’«ennemi sioniste» et préfère accuser l’ASL. Une attitude compréhensible si l’on se souvient que le 5 mai dernier, à la suite d’une attaque aérienne israélienne sur un convoi de missiles russes au cours de laquelle 42 soldats syriens avaient été tués, Bachar el-Assad avait menacé l’Etat hébreu de représailles militaires «fulgurantes».

Dans la foulée, le président syrien avait également promis d’autoriser des factions palestiniennes encore sous son contrôle ainsi que le Hezbollah à mener des opérations anti-israéliennes sur le plateau du Golan. Quant à la télévision d’Etat, elle avait annoncé que des missiles syriens étaient «pointés sur des cibles précises en Israël».

Or, rien ne s’est passé. Car la Syrie ne serait plus en état d’affronter son puissant voisin. Informés d’heure en heure par l’Aman (le renseignement militaire), les dirigeants israéliens le savent parfaitement bien, ce qui les pousse à autoriser des frappes chaque fois qu’ils le jugent nécessaire. Sans doute avec l’aval de Washington si l’on en croit les commentateurs politiques basés à Jérusalem.

«A titre de précaution, les effectifs de Tsahal sur le Golan ont cependant été renforcés et d’importantes quantités de matériel y ont été stockées», affirme la chroniqueuse militaire Carmela Menashe. «A quelques mois du quarantième anniversaire du déclenchement de la guerre du Kippour – une offensive combinée égypto-syrienne lancée en octobre 1973 – Israël ne sera pas surpris une deuxième fois.»

Les analystes des services secrets estiment que Bachar el-Assad ne prendra aucune initiative militaire majeure contre Israël mais qu’il pourrait tenter quelque chose si son régime était sur le point de s’effondrer. Même analyse avec le Hezbollah, qui perd de sa superbe au Liban et qui pourrait, lui aussi, être tenté de redorer son blason en provoquant l’Etat hébreu. Dans ce contexte, ce dernier a renforcé tous ses systèmes de renseignement et surtout l’Unité 8200, ses «grandes oreilles» interceptant les communications téléphoniques, radio et électroniques.

Officiellement, Israël n’intervient pas dans le conflit en cours en Syrie mais il veille à ses intérêts stratégiques en le surveillant de près. Selon des sources dignes de foi, ces derniers mois, des unités spéciales de Tsahal ont également opéré ou opèrent encore de manière ponctuelle en territoire syrien. A des fins de renseignement, pour confirmer des informations et pour y effectuer des repérages. Mais sans s’impliquer dans les combats entre le régime et les rebelles.