L'armée israélienne a renoué mardi avec sa politique d'«élimination» des Palestiniens qu'elle juge être coupables d'actes «terroristes». Ses hélicoptères ont abattu avec une série de roquettes Massoud Ayyad, un officier de la Force 17 du Fatah, soit la garde personnelle du président palestinien, Yasser Arafat. Interrompue depuis plusieurs semaines, cette pratique a été très fortement critiquée par des organisations de défense des droits de l'homme, tant israéliennes que palestiniennes. Sa dernière mise à exécution intervient alors que les territoires palestiniens sont à nouveau proches de l'embrasement.

A mesures exceptionnelles, publicité sans précédent. Jusqu'ici, l'armée était restée très évasive sur ces attaques ciblées qui ont coûté la vie à une vingtaine de cadres palestiniens soupçonnés d'avoir attaqué des civils ou des militaires israéliens. Mais, hier, les porte-parole de Tsahal n'ont pas tardé à reconnaître l'opération. Et à la justifier: «sous couvert» d'appartenir au corps de garde d'Arafat, Massoud Ayyad aurait été à l'origine de plusieurs attentats visant les colons israéliens établis dans la bande de Gaza. Selon le brigadier général Ron Kitri, la «cible», «choisie sur la base d'informations très solides», travaillait pour le Hezbollah libanais et planifiait d'autres attentats.

Depuis plusieurs semaines, la présence du Hezbollah (qui a combattu Tsahal dans le nord d'Israël et menace périodiquement de relancer ses attaques) s'est accrue à Gaza. L'armée redoute une possible alliance entre, d'une part, la milice chiite, vivifiée par ce qu'elle considère être une «victoire» contre l'Etat hébreu quand Tsahal a évacué, en juin dernier, le Liban-Sud, et, d'autre part, les divers mouvements palestiniens. Le porte-parole de l'armée israélienne reconnaît d'ailleurs certaines analogies dans les tactiques guerrières suivies dans les deux cas, laissant penser à un enchevêtrement important.

Alors que le pays connaît une transition politique difficile, cette nouvelle «opération coup de poing» risque de rallumer un peu plus les passions dans les territoires palestiniens. Depuis l'élection du chef de la droite, Ariel Sharon, le degré de violence ne cesse de grimper en Cisjordanie et à Gaza, si ce n'est sous l'ordre exprès d'Arafat, du moins apparemment avec son consentement complet. Jour et nuit, les heurts menacent constamment de se muer en batailles rangées. Hier, une nouvelle fois, des échanges de coups de feu ont eu lieu à Ramallah et à Hébron. Pour la première fois depuis des semaines, les habitants de Gilo et Psagot, à la lisière de Jérusalem, sont de nouveau visés la nuit par des tireurs palestiniens.

Armée et classe politique n'ont qu'une crainte: que l'escalade ne se poursuive, faisant voler en éclats l'image de colombe que s'est forgée Ariel Sharon durant la campagne électorale. Selon Danny Yatom, l'un des principaux conseillers d'Ehud Barak, «les Palestiniens tentent de combiner l'usage de la force avec des gains diplomatiques». Une stratégie qui, étant donné notamment la mauvaise image que traîne à l'étranger Ariel Sharon, est pour le moins difficile à contrer. «Seul un retour à la table des négociations pourrait faire baisser la violence», poursuivait Danny Yatom sur la radio de l'armée. Une perspective difficilement envisageable pour Ariel Sharon, puisqu'il n'a cessé de répéter durant toute la campagne qu'il «ne négocierait pas sous le feu».