Le président déchu du Honduras Manuel Zelaya, tentait vendredi de revenir dans son pays en provenance du Nicaragua, faisant fi des menaces d’arrestation du gouvernement de facto qui a déployé des militaires pour bloquer la frontière. L’armée du Honduras a fermé la route menant au poste-frontière de Las Manos, interdisant le passage à tout véhicule ainsi qu’aux piétons, pour en interdire l’accès aux partisans de M. Zelaya. Des centaines de personnes venues accueillir le président, réfugié au Nicaragua depuis son éviction par la force le 28 juin, sont arrivées jusqu’à la localité de El Paraiso (Le Paradis), située à 10 kilomètres de la frontière.

Manuel Zélaya, bien décidé à rentrer, n’éprouve «aucune peur»

Deux jours après l’échec d’ultimes négociations entre les deux parties au Costa Rica, M. Zelaya a quitté vendredi matin la ville d’Esteli, à une centaine de kilomètres de la frontière, au volant d’une Jeep et coiffé de son habituel chapeau de cow-boy. Il était à la tête d’un cortège de voitures de sympathisants nicaraguayens et surtout de journalistes.

M. Zelaya est également accompagné du ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Nicolas Maduro, et d’Eden Pastora, le légendaire «Commandant Zéro» de la guérilla sandiniste qui avait chassé le dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza en juillet 1979.

Le président déchu a annoncé son intention d’entrer au Honduras «pacifiquement» et «avec le drapeau blanc de la paix», bravant la menace d’arrestation immédiate qui l’y attend pour haute trahison et corruption.

Il «progresse lentement» en direction de la frontière, pour donner «le temps de la réflexion» aux autorités qui l’ont destitué, a-t-il expliqué. «Je n’éprouve aucune peur (...) Je sais que suis en danger, en situation de risque, mais je suis prêt au sacrifice, parce que le Honduras a besoin de changements pacifiques» et non avec «des baïonnettes», a-t-il déclaré à Esteli.

Le Mercosur se joint à la condamnation internationale du coup d’Etat

Près d’un mois après le coup d’Etat unanimement condamné par la communauté internationale, M. Zelaya a encore reçu vendredi le soutien des présidents du Mercosur, l’union douanière sud-américaine créée en 1991, réunis en sommet à Asuncion. «Nous appuyons les efforts de la communauté internationale pour que le président Zelaya revienne au pouvoir», a résumé le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva. «Légaliser un coup d’Etat marquerait l’acte de décès de l’OEA (Organisation des Etats américains) et de la Charte démocratique du Mercosur», a estimé la présidente argentine Cristina Kirchner.

Le gouvernement canadien, qui condamne le coup d’Etat, a toutefois demandé à Manuel Zelaya de ne tenter aucun retour dans son pays tant qu’aucun règlement politique n’aura été trouvé entre les camps opposés.

Le leader communiste cubain Fidel Castro a quant à lui accusé les Etats-Unis de soutenir le coup d’Etat en coulisses, tout en le dénonçant publiquement. Il a proposé avec ironie de décerner un prix Nobel à la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, qu’il accuse d’avoir appuyé la médiation du Costa Rica «afin de gagner du temps, de consolider le putsch et de démoraliser les organisations internationales».