A l’heure où il prend les rênes de la Corée du Nord, le jeune Kim Jong-un doit déjà composer avec une force politique qui tient en partie en otage son avenir.

L’Armée populaire de Corée (APC), forte de plus d’un million de soldats, est indispensable à l’héritier de Kim Jong-il pour asseoir son pouvoir.

Considérée comme la cinquième plus grande armée du monde pour son effectif, elle est un Etat dans l’Etat dont le pouvoir politique et économique n’a fait que grandir depuis une décennie et jouera un rôle clé dans les orientations du nouveau pouvoir.

Marchant sur les traces de son père, le jeune héritier s’est appuyé sur les militaires pour préparer son ascension vers le pouvoir suprême.

Au retour de son séjour suisse, le jeune homme a fait ses classes à l’Université militaire Kim Il-sung, puis sur un poste avancé frontalier, affirme sa biographie officielle. Il y aurait acquis une solide expérience d’artilleur qui lui aurait permis de piloter le bombardement de l’île sud-coréenne en novembre 2010 et le torpillage de la corvette Cheonan, en mars de la même année, comme le soupçonnent les services de renseignement à Séoul. Inventées ou avérées, ces prouesses permettent au jeune capitaine de gagner ses galons en soignant son image de stratège militaire.

Le 27 septembre 2010, le mystérieux héritier sort pour la première fois de l’ombre en étant promu général quatre étoiles, à moins de 28 ans. Une promotion qui fait grincer des dents chez les vétérans de la guerre de Corée (1950-53) mais vise à préparer son accession au poste de commandant suprême, jusque-là aux mains de Kim Jong -il.

Désormais intronisé comme «grand successeur», son défi sera de se concilier l’armée sans tomber sous sa coupe. Pour contrer l’influence des militaires, il s’appuie sur le beau-frère de Kim, Chang Song-taek, et tente de redonner vie au Parti, principal contrepoids au pouvoir des militaires. Une façon de remettre en cause le poids exorbitant gagné par les militaires au cours du règne de son père. «Les militaires ont pris une importance sans précédent sous Kim Jong-il, grâce à sa politique du Songun, ou «priorité à l’armée», explique Lee Kyo-deuck, expert au Korea Institute for National Unification (KINU). Une nouvelle étude de l’institut démontre que l’armée, forte de l’appui de l’ancien dictateur, a pris le contrôle de pans entiers de l’économie. Cet accaparement des ressources a permis le développement de trafics, au détriment des populations. Un contrôle qui risque de bloquer toute tentative de réforme économique. «Si Kim Jong-un veut réussir, il doit transférer la priorité de l’armée vers l’économie. Mais pour cela il faudra qu’il affronte les militaires dont il a besoin pour asseoir son pouvoir», résume Lee Kyo-deuck. C’est la quadrature du cercle, alors que le régime consacre près d’un quart de son PIB à l’effort de défense.

Sûrs de leurs forces, certains officiers sont même allés jusqu’à mettre en cause des ordres venant de Kim Jong-il, indique le KINU. Ces indices augurent des difficultés qui attendent le jeune héritier. Pour s’assurer leurs bonnes grâces, Kim Jong-un pourrait prendre une position belliciste vis-à-vis de la Corée du Sud ou bien accélérer encore la fuite en avant atomique du royaume, en ignorant les appels à la dénucléarisation de Washington. «La probabilité d’un troisième test nucléaire ou d’une nouvelle provocation frontalière est forte», estime Paik Wooyeal, de l’Université Sungkyunkwan. Ce nouveau bras de fer permettrait de contenter les militaires tout en affirmant la stature de leader du jeune Kim aux yeux de la population.