Une vaste offensive de l’armée syrienne a été lancée à Hama, ville rebelle du centre de la Syrie que le régime tente de soumettre depuis plusieurs semaines. L’opération a fait une centaine de tués et des dizaines de blessés au total, selon un militant des droits de l’homme installé à l’étranger.

«Cent civils ont été tués dimanche à Hama par des tirs des forces de sécurité qui accompagnaient l’armée lorsqu’elle a pénétré en force dans la ville de Hama», a déclaré le président de la Ligue syrienne de défense des droits de l’Homme, Abdel Karim Rihaoui.

Cinq personnes sont décédées à Homs (centre) quand des habitants sont descendus dans la rue en soutien à Hama, juste au nord. Et trois personnes ont été tuées dans la province d’Idleb (nord-ouest), a-t-il aussi ajouté.

Le président de l’Organisation nationale des droits de l’Homme, Ammar Qourabi, a annoncé également que 19 personnes avaient été tuées à Deir Ezzor (est), six à Harak (sud) et une à Boukamal (est). Vendredi, des dizaines de milliers de personnes avaient défilé à Deir Ezzor pour réclamer la chute du régime. Critique Rami Abdel Rahmane, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a aussi fait état de deux tués à Sourane, près de Hama, ce qui porte le bilan total à 136 tués. «C’est l’un des jours les plus sanglants» depuis le début de la révolte le 15 mars, a-t-il déclaré.

Le président américain Barack Obama s’est dit «horrifié» après l’offensive de l’armée syrienne. Les violences ont aussi été condamnées par le président du Parlement européen Jerzy Buzek, la France, l’Italie, l’Allemagne, la Turquie ou encore la Grande- Bretagne.

Selon un médecin qui a souhaité préserver son anonymat, les chars «attaquent en provenance de quatre directions différentes. Leurs mitrailleuses tirent à l’aveugle et les chars détruisent les barricades érigées dans les rues par des habitants».

Selon un autre habitant, des tireurs d’élite ont pris position sur les toits de la prison principale de la ville ainsi que sur le siège de la compagnie nationale d’électricité.

De son côté, l’agence officielle SANA, qui impute depuis le début les troubles à des bandes armées, cite également un habitant non identifié: «Des dizaines d’hommes organisés en bandes armées sont actuellement postés sur les toits des principaux bâtiments de la ville, ils ont des fusils mitrailleurs et ils effraient la population en tirant sans arrêt».

SANA a encore annoncé que «deux militaires ont été tués par des groupes armés à Hama». Selon l’agence, ces groupes ont «incendié des postes de police, s’en sont pris à des biens publics et privés, ont brûlé des pneus et dressé des barrages dans les rues».

Le pouvoir tente depuis plusieurs semaines de soumettre la ville rebelle de Hama à 210 km au nord de Damas et qui a connu plusieurs immenses manifestations contre le pouvoir.

Hama est un symbole de la lutte contre le régime en Syrie depuis la terrible répression en 1982 d’une révolte du mouvement interdit des Frères musulmans contre le président Hafez al-Assad, père de Bachar, qui aurait fait 20’000 tués.

Dans la région de Damas, l’armée aurait également lancé dimanche une attaque sur la ville de Mouadhamiya, selon l’OSDH. Plus de 300 personnes auraient été arrêtées dans cette ville, privée d’électricité et de moyens de communication, a affirmé la Ligue syrienne des droits de l’homme.

En signe des protestation, des habitants ont bloqué en plusieurs endroits l’autoroute reliant Alep, au nord, à la capitale.

Depuis le début de la contestation le 15 mars contre le régime de Bachar al-Assad, la répression a fait quelque 2000 tués, dont plus de 1600 civils, selon des ONG.

Par ailleurs, Abdel Karim Rihaoui, président de la Ligue, a annoncé l’arrestation samedi après-midi d’une des figures de l’opposition et chef de la plus grande tribu du pays, Nawaf Al- Bachir. Il avait signé en 2005 avec onze autres opposants la «Déclaration de Damas», qui réclamait des changements démocratiques en Syrie, un appel qui avait valu des peines de prison à la plupart de ses signataires.