Les militaires thaïlandais laisseront-ils pourrir la crise politique qui mine le royaume depuis plusieurs semaines? Leur position, en tout cas, semble être d'attendre le plus possible. Malgré la proclamation de l'état d'urgence, des groupes d'opposants radicaux au gouvernement continuaient jeudi d'interdire l'accès aux bureaux du premier ministre. Lequel a promis, pour conforter sa légitimité, de consulter la population par référendum.

Démission exclue

L'épreuve de force, différée, semble pourtant inéluctable si les deux parties demeurent intransigeantes. En affirmant jeudi qu'il ne démissionnerait pas, car il se doit de «protéger la démocratie et la monarchie», le premier ministre Samak Sundaravej, un ultra-conservateur, s'est présenté comme le défenseur de l'ordre politique et social dans le pays, alors que ses détracteurs l'accusent au contraire d'être à la solde de l'ex-chef du gouvernement en exil, Thaksin Shinawatra. Celui-ci, exilé à Londres, a été reconnu coupable de corruption massive. Mais ses partisans ont remporté les élections en décembre 2007.

L'idée d'un référendum risque dans ce contexte d'amplifier la crise. «La popularité du gouvernement n'est pas niée. C'est sa crédibilité, son aptitude à diriger que dénoncent les opposants», juge un diplomate. L'armée, comme elle l'a souvent fait, pourrait donc avoir choisi le pourrissement afin d'être sûre que son éventuelle intervention soit perçue comme l'ultime solution.

L'idée d'un double départ - démission du premier ministre contre renoncement à la politique de ses opposants - est aussi évoquée. Pendant ce temps, la vie qui continue à Bangkok et dans le reste du pays confirme une réalité: le fossé de plus en plus grand entre les Thaïlandais et leurs élites. Sur fond de paralysie des institutions et de nuages économiques.