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La Turquie a lancé samedi sa deuxième campagne militaire en Syrie, ouvrant un nouveau front dans la guerre qui mine ce pays depuis bientôt sept ans.
© Anadolu Agency/Anadolu Agency/Getty Images

Moyen-Orient

L’armée turque débarque en Syrie au grand dam des Etats-Unis

Les forces d’Ankara sont entrées dans la région d’Afrin, au deuxième jour d’une vaste offensive contre des milices kurdes qu’elles considèrent comme «terroristes»

La Turquie a lancé samedi sa deuxième campagne militaire en Syrie, ouvrant un nouveau front dans la guerre qui mine ce pays depuis bientôt sept ans. Baptisée «Rameau d’olivier», l’offensive vise les milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), partenaires des Etats-Unis dans la lutte contre Daech mais ennemies d’Ankara en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). L’armée turque a pour mission de déloger ces combattants de leur bastion d’Afrin, l’un des trois «cantons» kurdes établi dans le nord syrien, évacué en 2012 par le régime de Bachar el-Assad.

Offensive «en quatre phases»

Les F-16 turcs ont ouvert les hostilités en bombardant, pendant plus de trois heures samedi, une centaine de cibles dans les montagnes d’Afrin. Pas moins de 72 avions participaient aux raids, soit le nombre de soldats turcs morts au cours de la précédente offensive d’Ankara en Syrie, «Bouclier de l’Euphrate», menée contre Daech entre Azez et Djarabulus, à l’est d’Afrin. Comme lors de cette opération, l’armée turque bénéficie de l’appui au sol des rebelles de l’Armée syrienne libre. Ces opposants au régime de Damas ont entamé dimanche leur progression vers Afrin, soutenus par des membres des forces spéciales turques et par les tirs de chars entrés en territoire syrien.

«L’opération ne cible que les terroristes et leurs abris, positions, armes, véhicules et équipements», a indiqué l’état-major turc dans un communiqué, alors que le président Recep Tayyip Erdogan promettait de livrer bataille «jusqu’au dernier [membre du] PKK/YPG». L’avancée de l’offensive dépendra de la résistance opposée par les combattants kurdes – dont Ankara estime le nombre entre 8000 et 10 000 – mais la Turquie prévoit déjà une campagne longue et difficile. Elle se déroulera «en quatre phases», avec pour objectif d’établir une «zone sécurisée» de 30 kilomètres de profondeur en territoire syrien, a annoncé dimanche le premier ministre, Binali Yildirim.

Déclenchement accéléré

«Les YPG vont sans doute chercher à entraîner la Turquie dans une guerre urbaine, sur un territoire qu’ils tiennent depuis longtemps et pour un type de combat qu’ils connaissent bien, estime Ahmet Kasim Han, professeur de relations internationales à l’Université Kadir Has d’Istanbul. Mais il est probable que la Turquie souhaite de toute façon entrer dans le centre d’Afrin, car l’image serait symbolique.» Dimanche, la France a demandé une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies sur les opérations en Syrie, notamment dans l’enclave kurde. «Que la France ou un autre pays porte ce sujet à l’ONU les placerait au côté du terrorisme», a réagi le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu.

«Tout soutien aux terroristes d’Afrin sera considéré comme une cible de cette opération», avait martelé, quelques heures plus tôt, le chef du gouvernement turc, prévenant à mots couverts les partenaires des milices kurdes. Le souhait de Washington, révélé mi-janvier, de créer en Syrie une force kurde pérenne a accéléré le déclenchement de l’opération turque, qui pourrait s’étendre par la suite aux autres territoires contrôlés par les YPG. «Ensuite, ce sera Manbij», a répété ce week-end Recep Tayyip Erdogan, en référence à une autre ville syrienne située plus à l’est, où les Kurdes sont appuyés par l’armée américaine.

Le jeu complexe de la Russie

La Russie, quant à elle, a entretenu jusqu’ici de bonnes relations avec les YPG. Elle a longtemps maintenu, d’ailleurs, une présence dans la région d’Afrin. Principal allié du régime syrien, et maître de facto de son espace aérien, la Russie a donc donné son feu vert aux projets militaires turcs, «alors qu’elle n’avait aucun intérêt immédiat à le faire, et que cela lui crée même des complications», observe Ahmet Kasim Han.

«J’en déduis que la Russie et la Turquie ont conclu un accord sur Idlib [province au sud d’Afrin où le régime syrien mène actuellement une offensive contre des rebelles alliés de la Turquie, avec l’appui de Moscou]. Les Turcs devraient y laisser aux Russes une grande marge de manœuvre. Surtout, le Kremlin tente un coup stratégique à long terme, poursuit le chercheur. Son objectif est d’aggraver durablement les relations déjà dégradées entre la Turquie et l’Occident, notamment les Etats-Unis. Tout le reste – les relations avec les Kurdes ou le régime syrien… – est assez secondaire pour Moscou. Afrin va lui servir à créer une cassure sérieuse au sein de l’alliance occidentale.»

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