Ukraine

L’armée ukrainienne entre repli et déroute

En une semaine, l’armée ukrainienne a quasiment évacué le Donbass. Repli stratégique ou débâcle militaire? Dans tous les cas, Kiev va devoir faire passer la pilule à une opinion publique chauffée à blanc tout l’été

L’armée d’Ukraine entre repli et déroute

Ukraine Les forces loyalistes ont quasiment évacué le Donbass en l’espace d’une semaine

Repli stratégique ou débâcle militaire?

Depuis quelques jours, Andreï Lysenko, le porte-parole de l’armée ukrainienne, n’accepte plus de répondre aux questions des journalistes lors de ses points presse quotidiens à Kiev, où il a par ailleurs cessé de débiter à un rythme de métronome les avancées des forces loyalistes.

Lundi, le ministre de la Défense, Valeriy Heletey, a avoué que l’armée renonçait à déloger les séparatistes de l’est du pays, requalifiant l’effort de guerre ukrainien de «stratégie défensive», contre ce qu’il appelle une «invasion à grande échelle» de la part de la Russie. Andreï Lysenko a officiellement évoqué la présence «d’au moins quatre bataillons russes de 400 soldats sur le territoire ukrainien».

«La situation dans la zone d’opérations est extrêmement difficile», expliquait lundi Dmitry Tymchuk, expert militaire de Kiev et blogueur indépendant, proche du pouvoir. Selon lui, les troupes ukrainiennes, dont la logistique est défaillante, sont en «phase de regroupement», utilisant leurs réserves qui fondent, faute de ravitaillement, pour infliger des frappes de représailles aux pro-russes: le chant du cygne d’une armée ukrainienne qui va devoir changer son fusil d’épaule.

Depuis la fin de la semaine dernière, le conflit à l’est de l’Ukraine a complètement changé de nature, comme l’illustre la perte au cours du week-end de la petite ville d’Ilovaisk, à 30 km à l’est de Donetsk, un nœud ferroviaire de première importance à la jonction des routes de Lougansk et de Gorlivka.

Le 14 août, le bataillon Donbass, principale force de combattants volontaires pro-Kiev, avait facilement pris Ilovaisk. Mais après deux semaines de bombardements massifs de la part des forces pro-russes, il a abandonné la place. «Quand les Ukrainiens sont sortis de la ville, ils portaient des vêtements civils», racontait mardi aux entrées d’Ilovaisk un rebelle rayonnant.

La même impression de débâcle des forces ukrainiennes se répète dans le Donbass. Dimanche soir, un convoi soldats ukrainiens en fuite a été frappé à Komsomolske (sud-est de Donetsk). Ceux des soldats qui se sont rendus aux rebelles ont évoqué des pertes évaluées à «80% des hommes». Invérifiable. Ce qui est certain, c’est qu’à Komsomolske, lundi, des dépouilles de soldats jouxtaient des blindés détruits.

Ailleurs à Krasnoarmiysk, une cité minière du nord-ouest de Donetsk, des habitants ont vu hier des colonnes entières la traverser pour prendre la direction de Dnipropetrovsk, soit vers l’ouest.

Lundi, l’armée a perdu l’aéroport de Lougansk, qu’elle tenait ces cinq derniers mois. Hier matin, l’aéroport de Donetsk était encore sous son contrôle, mais les soldats ukrainiens, retranchés dans le terminal détruit, tiraient leurs dernières cartouches sur tout véhicule approchant le bâtiment.

Pour justifier cette débâcle, le colonel Andreï Lysenko a affirmé que l’armée repositionnait ses forces pour prévenir une «invasion russe» de Marioupol. Mais joint hier par téléphone, un combattant civil du bataillon Azov, chef d’un check-point de l’est de la ville, évoquait un «soutien minimal de la part de Kiev», avant de repréciser une heure plus tard dans un appel désabusé: «En fait nous sommes seuls, les généraux retirent les soldats de la défense de Marioupol.»

A ce stade, il est délicat de parler d’une invasion russe, comme cela a été le cas en Crimée. Il est impossible d’identifier au premier regard des «petits hommes verts», des forces spéciales russes, si ce n’est des faisceaux de présomption extrêmement forts, comme ces deux chars d’assaut stationnés à un carrefour de Starobecheve: le chauffeur du premier, qui se présente comme un «chauffeur de taxi à Donetsk», déclare que son blindé a été «piqué à l’armée ukrainienne». Le second, un Russe, sous le regard furieux de ses coéquipiers, est plus direct. «Ukrainien? Non, il est à nous ce char.»

Les rebelles semblent avoir en fin de compte reçu de leurs parrains, dont certains soldats plus ou moins réguliers ne se cachent pas, l’injection suffisante de renforts leur permettant de retourner le cours du conflit afin que Kiev mette un genou à terre et que les responsables rebelles s’assoient à la table des négociations à Minsk, une perspective que l’Ukraine avait toujours refusé jusque-là.

«Nous sommes seuls, les généraux retirent les soldats de la défense de Marioupol»

Publicité