Les autorités de Belgrade viennent de marquer un point décisif avec l'arrestation de l'assassin présumé du premier ministre Zoran Djindjic, abattu le 12 mars. L'arme du crime aurait également été retrouvée, enfouie dans un jardin de Novi Beograd, le faubourg moderne de la capitale serbe.

Zvezdan Jovanovic, surnommé Zveki, né en 1965 à Pec, au Kosovo, était le commandant adjoint des unités spéciales de la police serbe (JSO), plus connues sous le nom de Bérets rouges. Immédiatement après l'assassinat du premier ministre réformiste, le gouvernement avait dirigé les soupçons vers cette unité et son ancien chef, Milorad Lukovic, dit Legija, qui est toujours en fuite.

Les unités spéciales ont été engagées sur la plupart des champs de bataille de l'ex-Yougoslavie. La JSO n'a cependant été organisée sous sa forme actuelle qu'en 1996. Elle était placée sous la responsabilité de Jovica Stanisic, chef de la sécurité d'Etat, et de Frenko Simatovic, deux hommes de confiance de Slobodan Milosevic, qui ont, eux aussi, été arrêtés dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Zoran Djindjic.

A la veille de la révolution démocratique du 5 octobre 2000, Zoran Djindjic avait pris soin de négocier la neutralité des Bérets rouges, qui ont encore été engagés, en 2001, dans les combats contre la guérilla albanaise dans le sud de la Serbie. Ce sont également les hommes de la JSO qui ont arrêté Slobodan Milosevic à Belgrade, le 1er avril 2001, et qui ont organisé son transfert vers La Haye, le 28 juin suivant. Pourtant, les Bérets rouges ont très vite engagé un bras de fer avec le nouveau pouvoir. Ils s'opposaient notamment à l'arrestation de Serbes recherchés par le Tribunal international de La Haye.

Les Bérets rouges craignaient également que leur rôle dans les basses œuvres du régime de Slobodan Milosevic, notamment l'assassinat de plusieurs opposants politiques, ne soit mis en lumière. En janvier dernier, deux membres de cette police spéciale, Nenad Ilic et Nenad Bujosevic, ont été chacun condamnés à 15 ans de prison pour leur participation dans l'attentat manqué contre le dirigeant de l'opposition Vuk Draskovic, en novembre 1999. En novembre 2001, les Bérets rouges étaient entrés en rébellion contre le gouvernement, organisant un blocus de Belgrade, sous la conduite de leur chef de l'époque, Dusan «Gumar» Maricic, que le gouvernement vient de démettre de ses fonctions.

Tout en accusant les Bérets rouges, le gouvernement avait également mis en cause les milieux du crime organisé, et tout particulièrement le clan mafieux de Zemun, dont le chef présumé, Dusan «Shiptar» Spasojevic, serait lié à Legija et à Dusan «Gumar» Maricic, les deux anciens patrons des Bérets rouges. A la faveur de l'état d'urgence proclamé depuis l'assassinat de Zoran Djindjic, les autorités ont interpellé plusieurs milliers de personnes, dont près de 1000 suspects se trouvent toujours en détention provisoire. Ces vastes opérations de ratissage se sont orientées dans deux directions: les milieux du crime organisé, et les nostalgiques de l'ancien régime de Slobodan Milosevic.

Le nouveau premier ministre, Zoran Zivkovic, tout en se félicitant de l'arrestation de Zvezdan Jovanovic, a rappelé que «l'enquête n'était pas close pour autant. Elle continuera tant que toutes les personnes impliquées ne seront pas arrêtées et traduites devant la justice». Cette déclaration laisse augurer d'une prolongation d'un état d'urgence que l'opposition critique pourtant de plus en plus ouvertement, soulignant les risques qu'il représente pour la démocratie. En raison de l'état d'urgence, pas moins de quatre journaux ont déjà été interdits.

En fait, les enquêteurs doivent s'attaquer à l'écheveau compliqué des relations tissées durant des années entre les groupes mafieux, certains services de police et les nationalistes radicaux. Depuis quelques jours, les autorités de Belgrade parlent moins, toutefois, de la mafia, pour souligner, au contraire, les motivations politiques de l'assassinat du premier ministre.

Le gouvernement a décidé d'utiliser la manière forte, en annonçant mardi en fin d'après-midi la dissolution des Bérets rouges. La base principale de cette unité, située dans la petite ville de Kula, au nord de la Serbie, était déjà placée sous haute surveillance, car ses membres, hyperentraînés, disposaient d'un matériel militaire très performant. Le gouvernement semble en tout cas décidé à engager l'épreuve de force finale contre les Bérets rouges.