C'est une avalanche de protestations qui s'est abattue sur le gouvernement israélien après l'arrestation, mercredi matin, du professeur Sari Nousseibeh, le président de l'Université palestinienne Al-Quds (Jérusalem-Est). Professeur d'histoire, cet intellectuel chrétien est responsable du dossier de Jérusalem au sein de l'OLP. Mais il est aussi et surtout le tenant d'une ligne modérée prônant l'arrêt de l'Intifada armée, l'interruption des attentats-suicides ainsi que la reprise de négociations avec Israël. En 2003, il s'est d'ailleurs associé à l'ancien patron du Shabak (la Sûreté générale israélienne), Ami Ayalon, pour lancer «l'Appel du peuple», une pétition en sept points susceptible de servir de base à un accord de paix.

Depuis lors, cet appel a recueilli plus de 300 000 signatures en Israël et dans les territoires palestiniens. S'y ajoutent de nombreux comités militants (dont une réunion de coordination était prévue aujourd'hui à Jéricho), ainsi que le soutien de dizaines de responsables politiques européens et américains.

Officiellement, Nousseibeh a été arrêté parce que la Garde des frontières (l'équivalent israélien de la gendarmerie) aurait découvert que l'Université Al-Quds emploie des travailleurs palestiniens sans permis de travail délivré par l'Etat hébreu. Or, la plupart des institutions palestiniennes de Jérusalem ne reconnaissent pas l'occupation de la partie arabe de la ville. Elles refusent donc de se plier aux directives israéliennes en la matière et recrutent de ce fait qui elles veulent comme elles le veulent.

Interpellé sur le campus de son université après avoir reconnu que les quatre Palestiniens «illégaux» étaient employés par l'institution qu'il dirige, Nousseibeh aurait été «brutalisé», selon son avocat, Jawad Boullous. Son arrestation et son interrogatoire au quartier général de la police israélienne ont en tout cas déclenché un concert de condamnations émanant de personnalités de la gauche israélienne ainsi que du mouvement «La paix maintenant», qui a d'ailleurs improvisé une manifestation devant le commissariat.

«Pour autant que je m'en souvienne, la police n'a jamais traité de cette manière les entrepreneurs juifs soupçonnés d'avoir commis le même délit, a notamment déclaré le député Yossi Sarid. En supposant que les charges reconnues contre Nousseibeh soient avérées, ce n'est pas une raison pour l'arrêter comme un chef de la mafia. Son sort nous importe, car il est une figure palestinienne responsable avec laquelle Israël peut discuter.» Quant à la députée travailliste Youli Tamir, elle a dénoncé «les manœuvres de harassement menées par un gouvernement d'extrémistes afin de réduire au silence une voix palestinienne pacifique». Le président de l'Université Al-Quds aurait en principe dû passer la nuit en prison mais, par un étrange hasard, le Parquet israélien a autorisé sa remise en liberté provisoire – moyennant le paiement d'une caution – après que l'administration américaine se fut émue du sort du prestigieux détenu et que l'ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv fut intervenue auprès d'Ariel Sharon afin de «savoir ce qui se passait».