«Le rapport de la commission Goldstone pue.» Dans une interview à paraître dans le périodique de l’Ordre israélien des avocats, c’est en ces termes que l’auditeur militaire de l’Etat hébreu, Avihaï Mandelblit, qualifie l’enquête des Nations unies sur l’invasion de la bande de Gaza dans le cadre de l’opération «Plomb durci» en janvier 2009.

Officiellement, les responsables politiques et militaires israéliens affichent toujours le même mépris à l’égard de ce rapport d’enquête. Quant au magistrat sud-africain Richard Goldstone, il ne se passe pas une semaine sans que l’un ou l’autre commentateur le présente comme un «juif honteux», voire comme un «traître à ses origines».

Pourtant, l’arrogance dédaigneuse affichée dès 2009 par l’Etat hébreu à l’égard des investigations menées par Richard Goldstone – à l’époque, le premier ministre Ehoud Olmert avait interdit à ses fonctionnaires de collaborer à l’enquête – s’est progressivement muée en inquiétude. Avec un an de retard, les dirigeants israéliens ont en effet pris conscience qu’ils risquaient de se retrouver sur le banc des accusés de la Cour pénale internationale (CPI) s’ils n’apportaient pas des réponses circonstanciées aux questions qui leur sont posées. Ils ont également compris que le rapport des Nations unies requiert une argumentation plus élaborée que des invectives ou des dénégations à l’emporte-pièce.

Certes, à chacune de ses déclarations publiques, le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Dany Ayalon, ne se prive pas d’accuser le rapport Goldstone de tous les maux. Et notamment d’être responsable de la récente reprise des tirs de roquettes Qassam sur son pays. Mais dans le même temps, les autorités israéliennes ont élaboré des réponses plus approfondies aux critiques qui leur sont adressées. Le 14 mars, le Centre d’information sur les renseignements et le contre-terrorisme, un organisme basé dans la banlieue de Tel-Aviv, a ainsi publié un premier travail censé démontrer la «partialité» de l’enquête des Nations unies.

Dans ses cinq cents pages figurent des rapports militaires déclassifiés ainsi que des photos et des vidéos filmées par des drones. Ceux-ci alimentent évidemment la thèse israélienne selon laquelle les activistes du Hamas habillés de vêtements civils tiraient sur les soldats israéliens à partir d’immeubles habités ainsi que d’hôpitaux et de mosquées. Ce qui, aux yeux du centre israélien, justifie le fait que Tsahal ait ouvert le feu sur ces endroits en y tuant des centaines de civils.

La lecture de cette «contre-enquête» est ardue. Mais elle contient quelques surprises parmi lesquelles des extraits choisis d’interrogatoires de militants du Hamas menés par des agents du Shabak (la Sûreté générale de l’Etat hébreu).

Dans la foulée de cette première réponse aux «allégations de Richard Goldstone», Tel-Aviv prépare toutefois un coup plus important. Un «contre-rapport» d’environ mille pages qui sera publié durant l’été et diffusé le plus largement possible à l’étranger. Ce pavé rédigé sous la direction de Youval Halamish, un ancien général de l’Aman (renseignements militaires), comprend des contributions d’experts militaires, de juristes de plusieurs ministères israéliens, ainsi que de spécialistes en communication. Il décortique le rapport Goldstone point par point en lui apportant des réponses souvent critiques.

Le «contre-rapport Goldstone» contient aussi un long volet traitant de l’«action humanitaire» de l’Etat hébreu dans la bande de Gaza. Avant, pendant, et après l’opération «Plomb durci». En outre, il traite des accusations de «crimes de guerre» portées contre les soldats de Tsahal. Sans surprise, les experts de l’Etat hébreu estiment qu’elles «ne sont pas fondées».

Tel-Aviv élabore un «contre-rapport» qui sera publié durant l’été pour être largement diffusé