L’affaire pourrait remonter au mois d’août 2012. C’est le groupe international de surgelés Findus lui-même qui l’a annoncé dimanche après-midi dans un communiqué, en précisant détenir l’information de son fournisseur français, la PME lorraine Comigel. Depuis qu’elle a été éventée vendredi passé en Grande-Bretagne, l’affaire des lasagnes – mais aussi de la moussaka et du hachis parmentier, supposément pur bœuf mais en réalité farcis de viande de cheval – n’en finit pas de faire des remous, mettant au jour des circuits commerciaux et de fabrication relativement complexes (voir ci-contre).

Des produits suspects ont déjà été retirés des rayons en Grande-Bretagne, en Suède, mais aussi en France par la plupart des grandes chaînes de distribution. Les autorités hexagonales prennent l’affaire d’autant plus au sérieux qu’elle met en cause deux PME françaises de l’agro­alimentaire, Comigel et Spanghero. Paris a d’ailleurs annoncé la tenue ce lundi soir d’une réunion de crise destinée à faire «un point sur la traçabilité des viandes et s’assurer du retrait de toutes les marchandises litigieuses» avec des «représentants des producteurs, des transformateurs, de la grande distribution et des industries alimentaires». Elle réunira Guil­laume Garot, le ministre de l’Agroalimentaire et ceux de la Consommation et de l’Agriculture, Benoît Hamon et Stéphane Le Foll.

La quête des responsabilités s’annonce aussi enchevêtrée que la chaîne des approvisionnements: chaque acteur accuse son fournisseur de l’avoir floué, présageant une cascade de plaintes en justice. Findus annonce ainsi qu’il va porter plainte contre Comigel, dont le patron Erick Lehagre se dit «berné» par un fournisseur basque, Spanghero. Il avait déclaré dès vendredi soir avoir découvert qu’il s’était approvisionné en viande en Roumanie et réclame des réparations. L’intermédiaire Spanghero pointe pour sa part du doigt une société d’abattage roumaine, pour l’heure pas encore nommée, comme étant à l’origine de la supercherie. D’après de premiers éléments de l’enquête ouverte en France, révélés par Benoît Hamon, Spanghero se serait approvisionné en viande via un trader basé à Chypre, qui aurait sous-traité la commande à un confrère des Pays-Bas, qui se serait fourni en Roumanie.

Cheval sous étiquette bœuf

Les professionnels roumains se disaient sceptiques hier quant à une éventuelle responsabilité locale: «J’ai du mal à croire qu’un abattoir roumain ait pu livrer du cheval sous l’étiquette de bœuf», a déclaré à l’AFP le président des syndicats de l’industrie alimentaire (FSIA), Dragos Frumosu, alléguant que cela n’aurait pu se produire sans complicité côté français. S’il s’avérait qu’un fournisseur a triché, «la Roumanie serait décrédibilisée pour de nombreuses années», s’est pour sa part ému le président Traian Basescu. Le groupe Findus, qui s’est spécialisé dans les surgelés au milieu du XXe siècle en Suède, fut propriété de Nestlé de 1962 à 2000, date à ­laquelle il est cédé à un fonds de capital-investissement. Il a depuis changé deux fois de mains. Findus Suisse est toutefois toujours restée dans le giron veveysan. Elle n’utilise pour la fabrication de lasagnes que du bœuf suisse, précisait hier à l’ATS le porte-parole de Nestlé, Philippe Oertlé.