Rien de tel qu'une volée de statistiques pour redonner le moral à l'ONU. Venu à Genève présenter l'état actuel de la planète au regard des Objectifs du millénaire pour le développement fixés en 1990, Mark Malloch Brown a insisté sur une série de chiffres prometteurs. «En 1990, a expliqué le numéro deux des Nations unies, 28% de la population mondiale vivait avec 1 dollar par jour ou moins. Aujourd'hui, cette proportion est tombée à 19%. Notre objectif de réduire ce taux de moitié d'ici à 2015 est donc atteignable. Le monde est sur les rails.»

Le découpage géographique de ces bons résultats est toutefois révélateur des inégalités planétaires. Face à une Asie toujours plus dynamique, et à une Amérique latine sur la voie de réformes plus lentes, mais bien engagées, l'Afrique subsaharienne est en panne. «La proportion de gens vivant avec moins de 1 dollar par jour demeure figée à 44%», a regretté l'adjoint de Kofi Annan, tout en pointant des réussites: Mozambique, Tanzanie ou Zambie.

Ancien administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Mark Malloch Brown a lâché au passage quelques vérités. Premièrement: l'importance cruciale du commerce comme levier de changement. «Les chiffres parlent d'eux-mêmes: les pays les plus intégrés dans l'économie mondiale se développent plus vite. L'exemple de l'Asie le prouve», a-t-il reconnu en regrettant l'échec des négociations commerciales ce week-end à Genève.

Deuxième affirmation: l'ONU et ses agences spécialisées doivent faire plus pour travailler avec le secteur privé et ces nouveaux partenaires incontournables que sont les milliardaires philanthropes, genre Bill Gates ou Warren Buffett. «Je crois que les Objectifs du millénaire ont contribué à mobiliser de tels hommes. Cette manière de se fixer un cap, et de le mesurer année après année, est une méthode que les hommes d'affaires comprennent. L'époque où l'aide au développement apparaissait comme un trou noir est révolue. Les 31 milliards de dollars donnés par Warren Buffett à la Fondation Gates sont le meilleur vote de confiance jamais enregistré.» Les chiffres, il est vrai, parlent d'eux-mêmes: chaque année, la Fondation de Bill Gates prévoit d'investir 3 milliards de dollars dans des programmes de santé et d'éducation à travers le monde. Soit presque l'équivalent du budget annuel du PNUD.