Syrie

L’ASL, cette armée qui défie Bachar el-Assad

La rébellion n’a cessé de se renforcer en dix-huit mois de soulèvement.

On évoquait jusque-là une guerre à armes inégales, celle d’une armée de 300 000 hommes, dont le budget accaparait un tiers des ressources nationales, contre des essaims de déserteurs, intrépides mais désorganisés et sous-équipés.

L’attentat qui a décapité mercredi la Sécurité nationale a dévoilé un visage autrement plus redoutable de l’Armée syrienne libre (ASL). Condamnée plus ou moins fermement de Moscou à l’ONU en passant par Paris, l’attaque, une «opération de qualité» n’ayant fait aucun mort dans les rangs de l’ASL selon un porte-parole, atteste mieux qu’aucune autre de la force de frappe conquise par les rebelles en dix-huit mois de soulèvement. «Il s’agissait d’une opération très ciblée qui témoigne des capacités de renseignement de l’ASL. Ce n’est pas étonnant puisqu’elle a dans ses rangs des militaires qui ont cette compétence», explique Ignace Leverrier, ancien diplomate en poste à Damas.

L’attentat de Damas est loin d’être la première «opération ciblée» de l’ASL. «Tous les jours, plusieurs personnes sont enlevées», poursuit le spécialiste français de la Syrie. Entre autres proies d’envergure, l’ASL a récemment passé par les armes le directeur de cabinet d’Hafez Makhlouf, le chef des services de renseignement intérieurs à Damas. D’après Ignace Leverrier, la réussite de ces opérations «ne permet pas de tirer de conséquences militaires». Car si la preuve de la capacité de guérilla urbaine de l’ASL est faite, elle n’est pas encore, selon lui, de taille à «défier l’armée dans un face-à-face». Après cinq jours d’affrontements acharnés, elle a concédé vendredi avoir effectué un «retrait tactique» du quartier de Midan, au cœur de Damas, alors que les médias officiels annonçaient «le nettoyage» de cette zone. Ailleurs dans le pays, l’ASL a pris le contrôle avec 150 hommes du poste de Bab al-Hawa, à la frontière turque, et assurait vendredi que la frontière irakienne était toujours sous sa coupe, autres preuves de sa vigueur.

«Le virage a commencé à s’opérer en avril-mai, lorsque l’opposition armée a réalisé que toutes les batailles de province ne pourraient pas mener à la chute du régime et que c’est à Damas que devrait avoir lieu la vraie bataille», indique un observateur au Proche-Orient. L’ASL décide alors de se doter d’un «commandement conjoint», qui regroupe les chefs des brigades établies dans 10 des 14 gouvernorats syriens. Objectif: une meilleure coordination pour plus d’efficacité. C’est aussi à cette époque que l’ASL «de l’intérieur» prend l’ascendant sur les généraux déserteurs réfugiés en Turquie. «Nous avons de bonnes relations avec tous ces officiers. Ce que nous leur proposons, c’est de revenir en Syrie pour participer à la guerre», commente Fahd el-Masri, le porte-parole à Paris de l’ASL.

Ces dernières semaines, lorsqu’il a senti monter la menace à Damas, le régime a mené des opérations préventives, chassant les rebelles implantés dans certains quartiers. D’après l’observateur anonyme, la surprise pour les autorités n’en aurait été que plus saisissante lorsque «l’opération volcan de Damas et séisme en Syrie», a été annoncée par l’ASL lundi passé, à 20h précises. «Les événements de la semaine ont révélé une société devenue de plus en plus opaque à un régime qui s’en est coupé, et à l’inverse, un mouvement de protestation qui n’a cessé de gagner en visibilité.»

Enhardie par ses récents succès, l’armée rebelle devrait lancer prochainement un appel «à tous les citoyens syriens pour qu’ils rejoignent l’ASL. Et ceux qui ne peuvent pas prendre les armes peuvent s’occupent des soins aux blessés», dit Fahd el-Masri. D’après lui, 60 000 combattants seraient mobilisés dans la bataille de Damas. En ajoutant les 18 000 affiliés de Homs, plus des bataillons de 20 000 à Idlib ou à Deir ez-Zor, les rangs de l’ASL dépasseraient les 100 000 hommes et se garniraient de «milliers» de nouvelles recrues chaque jour.

Ces chiffres sont impossibles à établir avec certitude, mais des indices suggèrent qu’ils ne sont pas hors de proportion. D’après les spécialistes, un tiers de l’effectif régulier aurait fait défection, soit 100 000 hommes. «Tous n’ont pas rejoint l’ASL. Certains se terrent en Syrie, d’autres ont fui en Turquie, en Jordanie ou au Liban. Mais l’ASL n’est pas composée que de militaires. Il y a les comités de défense de quartier, les regroupements citoyens», indique Ignace Leverrier. Quant aux armes, si d’éventuelles livraisons par le Qatar ne sont pas étayées, elles ne manqueraient plus autant qu’hier. «Nous n’arrêtons pas de mettre la main sur des dépôts, comme au siège de la police à Damas jeudi, indique Fahd el-Masri. Elles restent légères et moyennes. Nous n’avons pas d’armes lourdes.»

Le régime a mené des opérations préventives, chassant les rebelles implantés dans certains quartiers

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