Des milliers de personnes ont participé vendredi dernier à l'enterrement d'Elmar Husseïnov, journaliste assassiné le 2 mars devant son appartement à Bakou. Rédacteur en chef de Monitor, l'un des périodiques les plus critiques à l'égard du gouvernement, il était connu pour ses enquêtes sur les activités opaques des membres du gouvernement. Ce journaliste de 37 ans a été tué par balle alors qu'il sortait de l'ascenseur de l'immeuble où il vivait. C'est son père qui, en ouvrant la porte après avoir entendu les bruits sourds dans le palier, l'a découvert. L'arme du crime, un pistolet doté d'un silencieux, a été retrouvée à une centaine de mètres du domicile de la victime.

Pour la famille d'Elmar Husseïnov, comme pour les médias indépendants et les défenseurs des droits de l'homme, cet assassinat est directement lié à son activité journalistique. «Je ne connais pas le nom de celui qui a donné l'ordre de le tuer, mais ça doit être quelqu'un du gouvernement», a déclaré le père du journaliste Sabir Husseïnov. En exprimant leur certitude sur le caractère commandité de l'assassinat, les partis d'opposition ont également pointé du doigt les autorités azerbaïdjanaises.

Faisant le parallèle avec le meurtre du journaliste Georgui Gongadze en Ukraine, Ali Kerimli, leader du Front populaire, l'un des principaux partis d'opposition, a appelé le gouvernement à élucider ce crime en deux semaines ou à démissionner. De son côté, le président Ilham Aliev a démenti toute implication des autorités et qualifié le meurtre de «provocation contre le gouvernement» visant à déstabiliser le pays et à nuire à son image quelques mois avant les élections parlementaires, prévues en novembre. En demandant une enquête rapide, le chef de l'Etat a mis en garde contre l'utilisation de l'événement à des fins politiques par l'opposition.

L'assassinat d'Elmar Husseïnov a relancé les inquiétudes sur la liberté de la presse en Azerbaïdjan. L'indépendance, proclamée en 1991, s'est accompagnée par une augmentation impressionnante du nombre de titres de presse atteignant aujourd'hui plus de 1800 périodiques. A la différence des médias audiovisuels, la presse écrite bénéficie d'une certaine liberté: les journaux indépendants ou d'opposition critiquent ouvertement le gouvernement. Le revers de la médaille: les pressions de toute sorte sur les rédactions. Monitor, comme beaucoup de journaux d'opposition, a été condamné à plusieurs reprises à payer des amendes pour diffamation à l'égard des hauts fonctionnaires. Ce moyen détourné de pression est devenu une arme efficace contre les journaux d'opposition. Ainsi, en janvier 2005, le principal quotidien d'opposition Musavat, organe de presse du parti du même nom, a été obligé de fermer à cause des amendes de plus de 100 000 euros infligées par les tribunaux à la suite de six procès en diffamation.

Passés à tabac, humiliés

Les organisations internationales de défense des journalistes ont récemment accusé les autorités azerbaïdjanaises de vouloir asphyxier la liberté de la presse. Plusieurs cas d'intimidation sur les journalistes d'opposition ont été enregistrés ces derniers mois. Une semaine avant la mort d'Elmar Husseïnov, deux journalistes d'Azadlig ont été enlevés, passés à tabac et humiliés dans un restaurant, puis contraints de signer des aveux dans un bureau de police sur conduite immorale dans un lieu public. Pour Zeynal Mammedli, membre du Conseil national de la presse, ces persécutions visent à museler la presse libre. «Les tribunaux négligent les plaintes des journalistes battus, les enquêtes ne sont pas menées», dit-il.

Selon le Comité de protection des journalistes, basé à New York, la situation s'est détériorée depuis l'avènement au pouvoir de l'actuel président en octobre 2003. Ce dernier a succédé à son père Heydar Aliev, qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant près de trente ans lors de la période soviétique et ensuite lors d'un scrutin non démocratique, selon les observateurs internationaux. L'élection d'Ilham Aliev a été marquée par l'arrestation de plusieurs journalistes et de membres de partis d'opposition lors de la manifestation de protestation contre les irrégularités du scrutin.