Le président américain élu Joe Biden, dont la victoire a été confortée jeudi par un recomptage des bulletins dans l'Etat-clé de Géorgie, a dénoncé «l'incroyable irresponsabilité» de Donald Trump, qui refuse toujours d'accepter sa défaite lors de l'élection du 3 novembre. «Je pense que (les Américains) sont les témoins d'une incroyable irresponsabilité, de messages incroyablement préjudiciables envoyés au reste du monde sur le fonctionnement de la démocratie», a déclaré Joe Biden depuis son fief de Wilmington, dans le Delaware. «Il est difficile de comprendre comment cet homme raisonne. Je suis convaincu qu'il sait qu'il a perdu et que je prêterai serment le 20 janvier. Ce qu'il fait est tout simplement scandaleux.»

Encore quelques longues heures de suspense juridique. Maintenant que la proclamation des résultats du recomptage manuel des voix vient d'intervenir en Géorgie, les avocats de Donald Trump ont encore deux jours ouvrables pour exiger un nouveau dépouillement puisque l'écart entre les deux candidats est inférieur à 0,5% des suffrages. A l'issue du recomptage, une différence de 12 800 voix sur environ cinq millions de suffrages exprimés, soit 0,25% des voix, donne toujours la victoire à Joe Biden face à Donald Trump. Ce troisième dépouillement, s'il est décidé, sera automatique, par scanners de bulletins interposés. Il sera facturé aux 159 comtés de l'Etat de Géorgie. Le gouverneur et le ministre de l'intérieur républicains de l'Etat ont, toutefois, de nouveau défendu, jeudi soir, l'intégrité et la transparence du scrutin présidentiel du 3 novembre dont ils doivent certifier les résultats ce vendredi.

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Pour le camp Trump, le coup est rude. La confirmation de la victoire du président élu Joe Biden, dans cet Etat sudiste «rouge» fort de seize grands électeurs - emporté par Donald Trump en 2016 avec environ 130 000 voix d'écart sur Hillary Clinton - démontre l'importance du basculement électoral survenu le 3 novembre. Le candidat démocrate avait, selon le premier décompte, remporté la Géorgie avec 14 000 voix de plus que son adversaire. Son avance s'est donc légèrement réduite après la découverte d'environ 6 000 bulletins mal enregistrés dans le système informatique de trois comtés. Le responsable de la commission électorale de l'un des comtés litigieux - celui de Floyd - a été limogé en conséquence. Une partie de ces votes avaient toutefois bien été dépouillés. Ils ont été agrégés aux résultats définitifs. La certification des résultats par la commission électorale de l'Etat, et leur transmission à la Commission fédérale des élections à Washington, doivent légalement intervenir au plus tard ce vendredi 20 novembre. 

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Une autre spécificité de la Géorgie, décisive pour le rapport de force politique à venir durant les quatre années de la présidence Biden, est que le bras de fer électoral n'y sera malgré tout pas terminé. La loi électorale y prévoit, le 5 janvier, un second tour pour élire les deux sénateurs qui représentent l'Etat au Congrès, du fait qu'aucun candidat n'a dépassé les 50% des suffrages le 3 novembre. Or les deux sièges, actuellement détenus par des républicains, sont essentiels pour que le parti de Donald Trump garde sa très courte majorité au Sénat (50 contre 48 pour les démocrates). 

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Les résultats de recours attendus

Le fait que le second dépouillement en Géorgie confirme, comme on s'y attendait, la victoire de Joe Biden - crédité pour l'heure de 306 grands électeurs contre 232 pour Trump - ne signifie pas la fin du combat juridique du président sortant. L'avocat en chef de ce dernier, l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, a d'ailleurs aussitôt contesté lors d'une conférence de presse jeudi soir la validité de ce recomptage et dénoncé une «conspiration massive des démocrates». «Nous sommes sur le point d'intenter, d'ici vendredi, un procès important en Géorgie. Cette action en justice révélera une vaste fraude électorale à l'échelle nationale. Dans la ville d'Atlanta, les républicains n'étaient pas autorisés à regarder le processus de dépouillement du vote par correspondance. Les inspections ont été complètement mises de côté. Nous avons de nombreux doubles électeurs. Nous avons de nombreux électeurs hors de l'Etat. Et nous avons des preuves spécifiques d'intimidation et de changements de votes», a-t-il expliqué.

Même si la plupart de leurs plaintes ont été déboutées dans les six Etats-clés de ce scrutin - Géorgie, Pennsylvanie, Arizona, Nevada, Michigan et Wisconsin - le camp Trump espère, avec cette surenchère juridique, bloquer la certification des résultats, puis leur envoi à la Commission fédérale des élections. Cette certification, dont la date varie selon les 51 Etats américains (près des deux tiers l'ont déjà fait), est l'ultime validation du scrutin présidentiel du 3 novembre. Elle permet d'enclencher le processus de désignation du nouveau président par les 538 grands électeurs (Collège électoral) nommés par chaque Etat, plus le district de Columbia (la ville de Washington). Les grands électeurs - nommés par les deux grands partis avant la tenue du scrutin - doivent être formellement désignés avant le 8 décembre. Leur vote doit intervenir le 14 décembre. 

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Les avocats du camp Trump parient sur le fait qu'une de leurs dernières plaintes sera prise en compte dans les prochaines heures par la juridiction d'un Etat, entraînant le report de cette certification et un blocage national, puisque l'ensemble des résultats doit être compilé, avant de passer à l'étape des grands électeurs. Le président sortant a invité à la Maison-Blanche plusieurs responsables du parti républicain du Michigan (majoritaire au sein du parlement de l'Etat, remporté par Joe Biden avec 130 000 voix d'avance) tandis qu'en Pennsylvanie, une nouvelle audience de la Cour suprême d'Harrisburg, la capitale, s'est tenue jeudi. En riposte aux accusations de «fraude», un comité de responsables électoraux d'une trentaine d'Etats a publié cette semaine un communiqué affirmant que le scrutin du 3 novembre était «le plus sûr de l'histoire américaine».

Une autre théorie, défendue par les défenseurs du président sortant, est que le collège électoral pourrait - au vu des «irrégularités massives» qu'ils prétendent avoir constaté - «imploser» d'ici le 14 décembre. Une partie des républicains pourrait alors refuser de voter pour Joe Biden, même si leur Etat d'origine a été remporté par ce dernier. En 2016, sept grands électeurs ne respectèrent pas le choix majoritaire des électeurs de leur Etat. Cinq démocrates refusèrent de voter pour Hillary Clinton. Deux Républicains ne donnèrent pas leur voix à Trump. Au final, le président sortant l'emporta par 304 contre 227.

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