Foetus de veaux tirés du ventre de leur mère, humiliations par l'encadrement, loi du silence... Mauricio Garcia-Pereira, employé de l'abattoir municipal de Limoges, dans le sud-ouest de la France, «n'en peut plus». Enfant de la ferme et mangeur de viande, il s'est allié à l'association pro-vegan L214 pour dénoncer des pratiques qui le révulsent.

Ni bobo, ni écolo, Mauricio, 47 ans, n'est pas non plus une petite nature. Immigré espagnol, il a grandi à la ferme, «la plus grande exploitation agricole de Galice», lance-t-il fièrement. Jeudi, il a diffusé via le site internet de L214 des vidéos choquantes, témoignages, selon lui, de son quotidien à l'abattoir. On peut y voir notamment des foetus de bovins, certains à un stade très avancé, extirpés de l'utérus de leur mère tout juste abattue.

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Lanceur d'alerte

Mauricio est le premier «lanceur d'alerte» à témoigner à visage découvert pour L214. Et il sait que cela pourrait lui coûter cher. Son salaire de 1300 euros par mois très exactement et son précieux contrat à l'abattoir municipal: «C'était en 2009, j'étais en galère. Je venais de me séparer de la mère de mes enfants. Quand l'abattoir m'a proposé un CDI, j'ai enfin vu le bout», raconte-t-il dans son petit appartement de Limoges.

«Nous sommes nombreux à l'abattoir à être choqués de ce qu'on voit là bas. Mais aucun ne parlera, on a peur», assure-t-il avec un fort accent espagnol. Comme lui, la moitié de ses collègues sont étrangers et supportent «humiliations et brimades», le prix à payer pour garder son emploi.

«Un grand mépris pour les petits ouvriers»

«J'ai le plus grand respect pour mes collègues, ils font un métier extrêmement éprouvant physiquement et mentalement», dit Mauricio. Mais «l'encadrement a un grand mépris pour les petits ouvriers comme nous. Si l'un d'entre nous se permet de remettre en cause le fonctionnement ou d'alerter sur les pratiques...». «Une fois, je me suis défendu. J'ai été convoqué et le supérieur m'a dit "tu fermes ta gueule et tu baisses la tête"», affirme-t-il.

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«Depuis 2013, je n'en peux plus», lâche l'ouvrier. «Bien sûr, je trouvais ces pratiques anormales. Mais autour de moi, tout le monde faisait comme s'il n'y avait pas de problème. Quand on se sent seul, on finit par se dire qu'on est fou. Je ne savais pas par où commencer», plaide Mauricio. Et puis, en 2015, il a vu «à la télé les images diffusées par L214 sur les pratiques dans les abattoirs». «Et je me suis dit: "si ça c'est choquant, alors ce que j'ai vu moi, c'est quoi?"»

«Papa, c'est pas normal»

Emu, il poursuit: «J'ai montré ces images à mon fils de 14 ans. Je lui ai dit "tu vois Loulou, ça se passe à l'abattoir"». Choqué, l'enfant a refusé d'en voir plus. «Il m'a dit: "Papa, c'est pas normal"».

C'est le déclic pour l'employé de l'abattoir, qui contacte L214. Equipé d'une discrète caméra, de mai à septembre dernier, Mauricio sortira plus d'une vingtaine de vidéos des abattoirs, dont la direction, échaudée par les premières révélations de L214, avait interdit les téléphones portables au travail.

«J'avais peur pour moi et mon avenir mais je voyais ces veaux arrachés du ventre de leur mère, jetés encore vivants... Les derniers, je les ai caressés alors qu'ils étaient en train de mourir, et je me disais: "ne t'inquiète pas, nous allons faire quelque chose"», lâche-t-il, les larmes aux yeux.

«Je sais qu'il y aura des représailles, que je vais probablement perdre mon emploi, mais je veux pas y retourner, c'est trop insupportable. Je sais aussi, au fond de moi, que ce que j'ai fait n'est pas mal. Ce qui était mal, c'était de continuer à participer et de ne rien dire», conclut Mauricio, que L214 s'est engagée à soutenir juridiquement.