A Paris, sa nomination a été une surprise. A Grenoble, sa ville d’adoption, elle n’a guère étonné. Depuis des années, en Isère, Geneviève Fioraso, la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, est connue pour son engagement en faveur de la recherche, de l’innovation et des hautes écoles. Depuis 2001, elle était d’ailleurs l’adjointe du maire de Grenoble à l’Economie, l’emploi, l’université et la recherche. Geneviève Fioraso, âgée de 57 ans, a fait une grande partie de sa carrière auprès de Michel Destot, pressenti comme ministre dans les jours précédant l’annonce du nouveau gouvernement.

Mais c’est son adjointe, élue députée en 2007 de la première circonscription de l’Isère, qui a été choisie, «pour répondre aux critères de parité fixés par François Hollande», estiment de nombreux analystes. «Je ne suis pas connue à Paris, mais je travaille depuis vingt ans dans les milieux de la formation, de la recherche et des nouvelles technologies», s’est-elle justifiée lors de son premier déplacement sur un campus universitaire, jeudi 24 mai, quelques jours après une première visite au CNRS. Symboliquement, la ministre a choisi Villetaneuse, l’un des sites de l’Université Paris 13, situé en Seine-Saint-Denis. Sa mission depuis quarante ans: former les jeunes des banlieues, qui ne traversent pas le périphérique pour faire des études supérieures.

Durant sa visite, Geneviève Fioraso a eu des mots cordiaux pour chacun. Visitant un laboratoire spécialisé en nanotechnologie, puis écoutant des professeurs présenter leurs formations, elle pose des questions, glisse une remarque. «En tant que députée, elle s’est occupée du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, elle a également présidé le forum du Parti socialiste consacré à ces thèmes en 2011. Elle connaît bien ces sujets», confirme le président de l’Université Paris 13, Jean-Loup Salzmann. Devant la Conférence des présidents d’université, la nouvelle ministre a fait bonne impression: «Elle nous a écoutés, elle a répondu à des questions, cela nous change», glisse un participant. Elle a aussi annoncé la tenue à l’automne d’assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, ainsi qu’une réforme de la loi sur les universités, en 2013.

Pour Geneviève Fioraso, les liens entre recherche, hautes écoles et entreprises paraissent naturels. C’est aussi pour cela qu’elle a choisi Paris 13 pour son déplacement. L’établissement joue «à fond la carte des cursus professionnalisants», notamment dans les filières littéraires, explique son président. «L’une des missions de l’université est l’insertion dans la vie professionnelle et ce que fait Paris 13 s’inscrit en plein dans les priorités du premier ministre», explique la ministre.

La Grenobloise était farouchement opposée à la circulaire Guéant, abolie jeudi soir par le nouveau gouvernement. Ce texte, adopté il y a un an, limitait l’accès à l’emploi des diplômés étrangers et «donnait un signe terrible au monde», selon elle. «Le supprimer était une priorité pour la recherche et l’économie de notre pays, mais c’était en premier lieu une nécessité humaine pour rester fidèle aux valeurs françaises d’accueil et d’intégration.» Geneviève Fioraso pense au rayonnement international de la France, à sa place parmi les hautes écoles qui se livrent une concurrence féroce au niveau mondial. Dans l’Hexagone, 40% des doctorants sont d’origine étrangère, «ils seront par la suite d’extraordinaires ambassadeurs. S’en priver était une bêtise», lance la ministre au franc-parler.

Née à Amiens, Geneviève Fioraso a d’abord enseigné l’anglais et l’économie dans sa région d’origine, avant de s’installer à Grenoble en 1978. Elle a dès lors mené une carrière de cadre et de politicienne, occupant successivement ou de front plusieurs fonctions. Passionnée d’innovation, elle dirige depuis 2003 la SEM Minatec Entreprises, une plate-forme de valorisation industrielle du campus d’innovation Minatec, dédié aux micro et nanotechnologies. Elle est aussi membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques; durant la campagne, elle était chargée des questions d’innovation dans l’équipe de François Hollande. «J’ai toujours fait la promotion d’un soutien aux filières et aux emplois nouveaux en poussant les feux de la recherche et de l’innovation», écrit-elle sur son blog.

A Grenoble, où elle a bonne réputation auprès de chefs d’entreprise actifs dans le domaine des hautes technologies, elle est considérée comme l’une des socialistes qui comprend bien le monde des PME et de l’industrie.

Mais ses liens avec l’économie sont aussi source de critiques. Geneviève Fioraso est violemment attaquée par l’UMP locale pour une vieille affaire liée à la gestion d’une société dans laquelle elle a travaillé et qui a déposé son bilan. Sur le site du PS, elle se défend d’être «associée aux difficultés que (cette start-up) a connues en 1997», deux ans après son départ. Elle met «rumeurs» et boules puantes sur le compte du climat «délétère» de la campagne en Isère, où elle se représente aux législatives. En 2007, elle avait battu l’ancien maire et ex-ministre Alain Carignon, qui tentait un retour en politique après une condamnation pour abus de biens sociaux.

Depuis sa nomination, la ministre a multiplié les rencontres avec les différents acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, nombreux à demander changements et moyens supplémentaires. Au vu de la situation des finances publiques, les arbitrages s’annoncent déjà délicats.

La Grenobloise était farouchement opposée à la circulaire Guéant abolie par le nouveau gouvernement

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elle a bonne réputation auprès des chefs d’entreprise dans les hautes technologies