L’Angola a pris le risque d’organiser une partie de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN-2010) dans l’enclave séparatiste de Cabinda pour prouver que le pays était stabilisé, mais l’attaque meurtrière vendredi contre l’équipe du Togo a ruiné ses plans.

Depuis la fin d’une longue guerre civile (1975-2002), l’ancienne colonie portugaise est soucieuse de se présenter sous son meilleur jour pour attirer les investisseurs étrangers et financer sa reconstruction.

Les autorités ont organisé en septembre 2008 des élections législatives – les premières depuis 1992 – qui ont légitimé le pouvoir du parti aux rênes du pays depuis l’indépendance, donnant plus de 80% des voix au Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA).

En décembre, Luanda a accueilli un sommet de l’Opep et la CAN devait parachever ce processus de normalisation. «Ce tournoi était comme un bal des débutantes pour l’Angola qui devait y fêter son entrée dans le monde», estime Paula Roque, analyste à l’Institut des Etudes sécuritaires (ISS) de Johannesburg.

A deux jours du coup d’envoi, des séparatistes de l’enclave de Cabinda (nord) ont balayé ces efforts en mitraillant le convoi de la sélection togolaise qui arrivait dans la province.

Un chauffeur a été tué et neuf membres de la délégation blessés. Les images des joueurs en pleurs, devant l’hôpital de Cabinda, ont fait le tour du monde, rappelant que «l’Angola a aussi ses points faibles», selon Paula Roque.

Cette attaque est une «sonnette d’alarme tardive mais néanmoins sérieuse» à l’attention du gouvernement, ajoute Rafael Marques, journaliste angolais et militant des droits de l’Homme. «Il y a toujours eu cette crainte qu’un incident ne survienne pendant la CAN, et que la tenue de matches à Cabinda soit risquée. Le gouvernement était censé prendre des mesures de sécurité, mais il ne l’a pas fait.»

De toutes façons, selon lui, «les vrais problèmes du Cabinda» sont ailleurs, avec un «taux de chômage très élevé et le manque de justice sociale et économique, Tant que ce ne sera pas résolu, les problèmes continueront», dit-il.

L’enclave angolaise de Cabinda, coincée entre le Congo-Brazzaville et la République démocratique du Congo (RDC), est très riche en pétrole mais la population locale n’en profite pas.

Plusieurs mouvements indépendantistes, dont le Front de libération de l’enclave de Cabinda (Flec) qui a revendiqué l’attaque de vendredi, recrutent grâce à ce mécontentement.

En 2006, Luanda a signé un accord de paix avec un responsable du Flec, Antonio Bento Bembe, et prétend depuis que la province est pacifiée. Mais une partie du Flec a dénoncé cet accord et continué de revendiquer des attaques.

«Les accrochages ont continué, mais je pense que l’Angola croyait sérieusement qu’il ne se passerait rien pendant la compétition», dit Paula Roque. Selon elle, les forces armées angolaises sont très professionnelles. «Ce sont les mieux entraînées de la région», juge-t-elle en avançant deux possibles explications à l’attaque: «Soit les services de renseignements ont mal évalué le risque. Ou bien le Flec a saisi une opportunité sans planifier son action.»

Alex Vines, du groupe de réflexion londonien Chatham House estime, lui, que l’équipe du Togo s’est jetée dans la gueule du loup «en passant par la forêt tropicale de Mayombe, où les séparatistes les plus radicaux du Flec sévissent depuis des décennies.»