«Faire président. C’est cela que les Français attendent. C’est ce qui décidera du choix des indécis». Toute la semaine, le directeur de campagne de François Fillon, Vincent Chriqui, a asséné le même message. Avec un sous-titre: «Souvenez-vous de la primaire de droite. Fillon a surgi parce que les électeurs veulent un renouvellement, une alternance, une rupture. Dans l’ordre…»

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Ultime sondage

Le vote de ce dimanche démontrera donc si les 45 millions d’électeurs français ont de la mémoire. Et si la question de la sécurité, remise au centre du débat par l’attentat de jeudi soir sur les Champs-Elysées, redevient un critère décisif avant de mettre le bulletin dans l’urne, dans les 80 000 bureaux de vote qui ouvriront de 8 heures à 19 heures (20 heures dans les grandes villes).

Un début de réponse est fourni par l’ultime sondage disponible, à prendre évidemment avec d’infinies précautions. La dernière enquête de l’IFOP pour Paris Match, rendue publique vendredi à 18 heures, semble confirmer, malgré les circonstances, la «cristallisation» du vote en faveur d’Emmanuel Macron (24,5%, en hausse de 0,5%) devant Marine Le Pen (22,5%), François Fillon (19,5%), Jean-Luc Mélenchon (18,5%) et Benoît Hamon (7%).

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Vote de droite rassurant?

Les Français, éprouvés depuis janvier 2015 et l’attaque contre Charlie Hebdo par une série inédite d’attentats meurtriers, seraient-ils moins poussés que prévu vers un vote de droite rassurant? «La porosité du vote Macron a beaucoup diminué confirme le politologue Dominique Reynié. Pour l’opinion, il s’est présidentialisé». Jugement nuancé par l’entourage du candidat de la droite, qui rappelle le haut niveau d’indécis (environ 30%) et les 28% d’électeurs pas encore certains d’aller voter: «Après un attentat comme celui-ci, les gens parlent en famille, explique un collaborateur filloniste. Or François Fillon a depuis le début promis de vaincre le totalitarisme islamique, sur lequel il a écrit un livre. Les électeurs s’en souviendront».

La question est en fait plus compliquée. Car dans une France de nouveau secouée par le terrorisme et la «guerre» qu’il impose, deux comportements électoraux sont possibles: la colère et la fermeté. Colère contre l’islam radical, pour le soutien aux forces de l’ordre, contre le quinquennat présumé «laxiste» de François Hollande, contre les frontières passoires: c’est le registre de Marine Le Pen, dont la non-qualification dans ce contexte serait une extraordinaire surprise, preuve des ratages de sa campagne. Le souci de fermeté, en revanche, devrait davantage profiter à François Fillon qui a toujours mis en avant son expérience internationale, et sa volonté de s’appuyer sur des alliés «fermes» pour combattre l’islam radical. A commencer par la Russie de Vladimir Poutine…

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Volonté de renouvellement

Reste la grande inconnue: la volonté de renouvellement. Jean-Luc Mélenchon, sans doute le plus exposé au reflux de voix dans un contexte de surenchère sécuritaire, parle de «dégagisme». Emmanuel Macron préfère, lui, insister sur l’irruption de la société civile en politique symbolisée par «En Marche!». Un trait d’union relie leurs deux démarches, opposées sur le plan économique et leur conception de l’avenir de la France en Europe: leur volonté commune d’enterrer les deux partis de gouvernement de la cinquième République que sont le PS et Les Républicains (héritiers du RPR, puis de l’UMP).

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Là est l’enjeu, bien plus profond, de ce premier tour sur lequel pèse la future bataille des législatives en juin: la recomposition, autour de quatre pôles, du paysage politique hexagonal. Les inconnues de ce scrutin, perturbé par la peur du terrorisme, n’ont jamais été aussi nombreuses. Et contradictoires.