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© Carl Court

Nice

Pourquoi l'attentat de Nice est (peut-être) en train de changer la France

Le profil du terroriste, la revendication peut-être opportuniste de Daech, les attaques virulentes lancées contre le gouvernement et la proximité de l'élection présidentielle de mai 2017: le pays se relève groggy de cette tragédie

Marine Le Pen est, comme l'on pouvait s'y attendre, passée à l'offensive samedi lors de sa conférence de presse au QG du Front National à Nanterre. La présidente du FN avait d'abord réagi dans un sobre communiqué, le lendemain de l'attentat de Nice. Sa charge, samedi, a focalisé sur le gouvernement et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve dont elle a demandé la démission.

«Dans n'importe quel pays au monde, un ministre aussi épouvantable aurait démissionné depuis longtemps», a tonné la candidate déclarée aux élections présidentielles de mai 2017, en prenant bien soin d'attaquer aussi Les Républicains, le parti de droite présidé par Nicolas Sarkozy, dont est membre l'ancien maire de Nice et président de la région Provence-Alpes-Cote d'Azur, Christian Estrosi.

«Ce parti immigrationiste a désarmé l'Etat et mené une politique étrangère suicidaire», a-t-elle déclaré, faisant référence aux coupes dans les effectifs de la police sous le quinquennat Sarkozy, et à l'intervention militaire en Libye de 2011. Une charge prononcée sur un ton martial, avec la certitude d'être entendue dans le sud-est de la France ébranlé où son parti, conduit par sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, avait obtenu plus de 45% des voix au premier tour dans de nombreuses localités, lors des élections régionales de décembre 2015. L'exécutif régional avait été remporté en PACA par Christian Estrosi grâce au retrait de la gauche au second tour. 

Lire aussi:  L'auteur de l'attentat avait repéré les lieux avec son camion

L'intervention de Marine Le Pen risque surtout d'amplifier les questionnements qui pèsent sur la France depuis l'attentat au camion fou qui a causé la mort de 84 personnes et blessé des centaines d'autres jeudi soir sur la Promenade des Anglais, à la fin du feu d'artifice du 14 juillet. A commencer par l'interrogation sur le profil et l'itinéraire du terroriste tué par les forces de l'ordre vers 23 heures, après avoir parcouru plus de deux kilomètres au volant de son camion frigorifique loué trois jours plus tôt à Saint Laurent du Var.

L'organisation Daech a affirmé samedi dans une courte revendication diffusée par l'agence Amaq que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, Tunisien de 31 ans résidant à Nice avec un titre de séjour valide, était un «soldat» de l'Etat islamique basé en Syrie et en Irak qui a agi «en réponse aux appels lancés pour prendre pour cible les ressortissants des pays de la coalition qui combat l'EI». Dans la foulée, le ministère de l'Intérieur qui n'a pas encore révélé de détails sur l'enquête a parlé d'une «radicalisation rapide et récente» de cet individu, évoquant «un attentat de type nouveau (qui) montre l'extrême difficulté de la lutte antiterroriste».

Questions esquivées

Problème: ces affirmations ne font qu'esquiver les questions posées crûment par la tuerie. Question sur le dispositif de sécurité autour de la Promenade des Anglais, que le premier ministre Manuel Valls a défendu, mais sur lequel beaucoup d'experts s'interrogent vu que le camion est parvenu à monter sur le trottoir un soir de déploiement policier maximal.

Question sur la capacité de Daech à compter, en France, sur des «recrues» pas entraînées, mais résolues à passer à l'acte, avant tout radicalisées par sa propagande meurtrière.

Question sur l'autre hypothèse: celle d'un homme qui, n'ayant jamais été fiché pour radicalisation par les services de renseignement, avait peut-être tout simplement réussi à rester «en dehors du radar», d'où l'inquiétude dans de nombreux quartiers ou zones à forte population musulmane dans l'Hexagone.

Question, enfin, sur la stratégie de communication du président François Hollande qui, quelques heures avant l'attentat de Nice, avait confirmé dans son discours télévisé du 14 juillet l'abandon prochain de l'état d'urgence - prorogé finalement jusqu'à la fin octobre - et le déploiement de forces spéciales françaises dans les zones kurdes pour assister à la reconquête de Mossoul, la grande ville irakienne tombée en juin 2014 aux mains de Daech. 

Lire aussi notre éditorial:  Pourquoi nous battons-nous?

Cinq personnes interpellées

L'enquête en cours, qui s'est accélérée ces dernières heures avec l'interpellation de sept proches de l'assassin, puis deux nouvelles personnes ce dimanche, devra par conséquent démontrer à quel moment Mohamed Lahouaiej Bouhlel s'est retrouvé en contact avec la nébuleuse Daech et ses éventuels recruteurs.

S'il s'avère que l'homme entretenait des liens étroits avec des islamistes radicaux - par exemple ceux de la filière «Cannes-Torcy» dans laquelle figurent plusieurs jeunes Niçois et dont le procès est attendu en cour d'assises spéciale ces prochaines semaines -, la police et les services de renseignements se retrouveraient immédiatement en position d'accusés.

Une guerre civile larvée: comment éviter, dans un pays où vivent entre cinq et six millions de musulmans, les gestes de déséquilibrés désireux de passer à l'acte «à la façon des soldats de Daech»?

Si, en revanche, le lien entre l'homme et Daech s'avère beaucoup plus flou, le débat sera surtout sociétal et risque de relancer la thèse d'une guerre civile larvée qui inquiète de nombreux policiers et experts: comment éviter, dans un pays où vivent entre cinq et six millions de musulmans - une dizaine de victimes de l'attentat de Nice sont de confession musulmane - les gestes de déséquilibrés désireux de passer à l'acte «à la façon des soldats de Daech».

Bref, comment contrer l'épidémie de répliques meurtrières de la part de petits délinquants violents et paumés, intoxiqués par la propagande islamiste radicale ou tout simplement fascinés par l'instinct de mort qu'elle distille ? L'émergence depuis l'attentat de multiples rumeurs sur le fait que des informations auraient été "cachées" par la police après les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, puis novembre 2015 contre le stade de France et le Bataclan, contribuent à augmenter les tensions. Une information non confirmée du quotidien tabloïd anglais Daily Mail selon lequel des victimes du Bataclan auraient été torturées par les terroristes dans la nuit du 13 novembre fait  ainsi depuis hier le tour des médias sociaux. En juin, le patron des services de renseignement Patrick Calvar avait pour sa part exprimé sa vive inquiétude d'un "risque de guerre civile" attisé par la menace terroriste.

Lire aussi:  «Les attentats sont la suite logique des bombardements»

Attaques sécuritaires de la droite

Du coté du gouvernement, l'après-attentat de Nice s'annonce donc très périlleux, d'autant que François Hollande aborde une fin de quinquennat tumultueuse jusqu'aux élections présidentielles de mai 2017 et que l'opposition de droite va multiplier les attaques sécuritaires. Pour l'heure, la réponse officielle immédiate a été la prorogation pour trois mois de l'état d'urgence jusqu'à la fin octobre, le maintien de l'opération "sentinelle" qui mobilise 10 000 soldats en appui des policiers, et l'appel aux réservistes pour suppléer les forces de sécurité. Les drapeaux tricolores ont été mis en berne, comme le prévoit le deuil national, jusqu'au 18 juillet. Le ministre de l'intérieur a appelé les Français à s'engager dans la réserve. Un nouveau conseil ministériel restreint de défense s'est tenu samedi à l'Elysée, suivi d'un conseil des ministres au complet, pour bien montrer la détermination du gouvernement face à l'épreuve. 

Doute sur la stratégie anti-terroriste

Mais derrière cette démonstration de force, le doute est énorme et le séisme patent, en terme de stratégie anti-terroriste. L'hypothèse d'un «loup solitaire» déséquilibré, pris de folie meurtrière sur fond de haine anti-occident distillée par la propagande islamiste radicale représente en effet le plus terrible des défis dans un pays où le niveau élevé de chômage gangrène les quartiers, et où la justice manque de moyens pour mettre hors d'état de nuire quantité de délinquants appréhendés par les forces de sécurité.

La «guerre» dans laquelle la France se retrouve engagée face aux islamistes au sein même de son territoire devient, à l'évidence, de plus en plus asymétrique, tant la menace est diffuse et compliquée à éradiquer. Avec cette revendication, et compte tenu de la personnalité du tueur de la Promenade des Anglais, Daech démontre plus que jamais combien l'Hexagone est démuni face à l'un des pires maux de ce siècle naissant: le flou sanglant du terrorisme.

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