Qui affrontera Angela Merkel lors des élections allemandes de l'automne 2009? Alors que la chancelière conservatrice, dont la popularité ne se dément pas, apparaît chaque jour plus assurée de sa réélection, la nervosité gagne au sein du Parti social-démocrate, au plus bas dans les sondages. Rumeurs, démentis, improvisations, la question du candidat le plus apte à affronter une chancelière indéboulonnable mine le SPD. Qui envoyer en première ligne, entre le président Kurt Beck, provincial ministre-président de Rhénanie-Palatinat, de moins en moins crédible, et le populaire ministre des Affaires étrangères Franz-Walter Steinmeier, le seul capable de limiter les dégâts?

Depuis des semaines la pression monte dans les rangs des parlementaires, inquiets pour leur réélection, afin que le parti se désigne le plus rapidement possible un champion. Et voilà que pour la première fois Kurt Beck et Frank-Walter Steinmeier se sont résignés à répondre aux rumeurs. «C'est vrai que nous collaborons tous les deux cordialement. Tout le reste est faux», assurait un communiqué sibyllin publié avant la Pentecôte destiné à démentir les informations d'une radio de Basse-Saxe selon lesquelles le président du SPD et le chef de la diplomatie se seraient entendus sur la candidature du second, avec la bénédiction de l'ancien chancelier Gerhard Schröder.

Et comme pour attiser encore un peu la nervosité au sein de la direction du SPD, Kurt Beck s'est encore pris les pieds dans le tapis. En début de semaine dernière, les dirigeants sociaux-démocrates s'étaient entendus pour qualifier de «populisme électoral» la proposition de la CSU bavaroise de diminuer de 28 milliards d'euros la pression fiscale, en particulier sur la classe moyenne. Or, quelques heures après, sans avertir personne, Kurt Beck annonçait vouloir présenter ce mois encore son propre concept de réductions fiscales. Avant de se rétracter à moitié en parlant de «nouvelles orientations».

Kurt Beck a beau afficher une jovialité toute rhénane et une barbe poivre et sel qu'il a promis de sacrifier pour un million d'euros destinés à une œuvre caritative, il n'a pas gagné en autorité sur son parti ni en crédibilité dans l'opinion. Selon un récent sondage, seuls 23% des Allemands seraient satisfaits de lui. Et les intentions de vote en faveur du SPD stagnent à 24%, une quinzaine de points derrière la CDU d'Angela Merkel. Avec un tel résultat, c'est un tiers des 222 députés sociaux-démocrates qui ne seraient pas réélus.

Coalition élargie

Pour la base parlementaire, seul Frank-Walter Steinmeier, l'homme de l'ombre de l'ex-chancelier Gerhard Schröder, celui qui était à la manœuvre lors des élections de 2005, possède le dynamisme et le rayonnement pour ramener le SPD aux alentours des 30% l'an prochain. Il s'agit pour le SPD de rester assez fort pour être en mesure d'entrer dans une coalition gouvernementale, élargie aux Verts et peut-être aux libéraux. Car tomber dans l'opposition, c'est entrer dans une concurrence populiste effrénée avec le parti de la gauche radicale, Die Linke. Et s'y noyer. Soucieux de préserver jusqu'au bout ce qui lui reste d'autorité sur son parti, Kurt Beck refuse pour l'instant d'anticiper la désignation du candidat du SPD, qu'il veut repousser à la fin de cette année, voire au début 2009.