En fin de matinée, moins de 20% seulement des 388 millions d’électeurs communautaires s’étaient rendus aux urnes. Mais il est bien trop tôt pour en tirer des conclusions. Les pays qui ont déjà organisé le scrutin – étalé sur plusieurs jours depuis jeudi – ont ainsi enregistré des résultats plus satisfaisants que ceux anticipés par les sondages. Aux Pays-Bas, premier pays de l’UE à voter le 4 juin aux côtés du Royaume-Uni, la participation finale dépasse les 40% et devance celle du scrutin de 2004. Une légère poussée à attribuer surtout à la mobilisation de l’électorat favorable à la liste populiste du parti de la Liberté du député Geert Wilders, devenu la seconde formation politique du pays avec quatre parlementaires à Strasbourg. Soit autant que les chrétiens-démocrates, parti du premier ministre Jan-Peter Balkenende dont les partenaires travaillistes ont en revanche subi une lourde défaite.

736 eurodéputés seront élus ce soir pour cinq ans. Et le risque, en plus de l’abstention qui avait atteint 54,6% en 2004, est de voir ce scrutin dominé par une percée des partis protestataires ou eurosceptiques. Dès le début de soirée, des sondages à la sortie des urnes nationaux devraient donner la tendance. Il semble néanmoins que certains retournements se soient opérés dans les pays ayant déja votés. C’est le cas en Irlande où le collectif «noniste» Libertas, à l’origine du rejet du Traité de Lisbonne lors du référendum de juin 2008, n’obtiendrait pas le succès espéré par son leader, l’homme d’affaires Declan Ganley, qui a fait de cette formation un parti pan-européen. Les résultats irlandais, conformément aux instructions de Bruxelles, n’ont pas encore été publiés. Mais selon un sondage, 54% des électeurs irlandais seraient désormais prêts à voter oui pour le Traité de lisbonne lors d’une seconde consultation, moyennant l’octroi de garanties juridiques de la part de l’UE, par exemple sur le maintien d’un poste de Commissaire européen Irlandais.

La participation pourrait aussi être dopée, dans plusieurs pays, par l’enjeu national, surtout lorsque des élections locales, régionales et législatives se déroulent simultanément. C’est le cas en Belgique, où le scrutin régional promet d’avoir un impact décisive sur les fractures institutionnelles du Royaume entre néerlandophones de Flandre et francophones de Wallonie. Cela jouera aussi au Luxembourg, où le gouvernement du premier ministre Jean Claude-Juncker semble bien parti pour être reconduit lors des législatives plus délicates, en revanche, pour son partenaire socialiste de la coalition au pouvoir. En Lettonie, les élections municipales donneront aux électeurs la première occasion de sanctionner leurs responsables sortants depuis que la crise économique et financière a déferlé sur la petite République Balte.

Mais ce sont surtout des grands pays, pourvoyeurs du plus grand nombre de sièges, que viendront les résultats les plus attendus. En France, le face à face entre les écologistes et le Modem de François Bayrou sera un bon baromètre de l’etat de l’opposition, tout comme le score des socialistes alors que le parti de la majorité favorable à Nicolas Sarkozy, l’UMP, est donné gagnant. En Italie, ces européennes constituent un test pour le chef du gouvernement Silvio Berlusconi confronté à des scandales. En Allemagne, pays qui élit le plus grand nombre d’eurodéputés, les électeurs pourraient être un peu plus mobilisés par la concomitance d’élections municipales dans sept des 16 Etats régionaux. Mais ils ont surtout les yeux rivés sur les législatives de fin septembre.

Le test le plus crucial interviendra en revanche au Royaume-Uni, où les électeurs ont durement sanctionné jeudi le gouvernement travailliste de Gordon Brown. Lequel, tout en reconnaissant sa défaite, a pourtant refusé de démissionner et de convoquer des élections nationales anticipées. Une débâcle aux Européennes serait quasicauchemardesque pour le 10 Downing Street. Surtout si le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), qui prône le retrait de l’UE, dépassait les 20% et devançait les travaillistes.

Globalement en Europe, les sondages prévoient une victoire pour les partis de droite comme celui de M. Berlusconi ou celui du président français Nicolas Sarkozy, qui dirigent déjà une vingtaine de gouvernements dans les 27 pays de l’UE.

Du coup, les grands équilibres du Parlement européens devraient rester inchangés. La gauche social-démocrate, incapable de tirer profit de la crise, devrait rester la deuxième force politique derrière le centre droit et devant les Libéraux.