L’attitude du gouvernement galvanise les manifestants

Hongkong Après deux semaines de remous, les pro-démocratie profitent de l’annulation de la rencontre avec l’exécutif

Lundi? C’est son anniversaire. «Alors, venez!» Joshua Wong conclut par cet appel la série de discours d’une nouvelle soirée d’«occupation» de Hongkong. Il est 23h, vendredi. Des dizaines de milliers de personnes occupent l’artère qui passe devant le siège du gouvernement. Le leader de Scholarism, 18 ans dans trois jours, demande à la foule de «rester» dans les rues. Et de s’équiper «de tentes ainsi que de sacs de couchage, car c’est notre seul salut, notre seule façon de montrer notre détermination au gouvernement».

Alors que, depuis le début de la semaine, les manifestations pro-démocratie faiblissaient et donnaient des signes de désorganisation, «nous sommes réunis ce soir pour montrer notre volonté et notre unité», a lancé Lester Shum, un des leaders étudiants. Tout en remerciant Carrie Lam, qui a «rallumé notre flamme». Jeudi soir, la numéro deux du gouvernement a annoncé annuler la première rencontre, initialement prévue vendredi, avec les étudiants.

«Ils se moquent de nous»

L’annulation de cette rencontre, supposée marquer une nouvelle étape des manifestations qui durent depuis deux semaines, a suscité colère et incompréhension chez les manifestants. C’est le cas de Cynthia, assise par terre depuis plus de 4 heures. L’étudiante en lettres est venue vendredi sur Connaught Road avec trois amies «parce que nous devions réagir. Le gouvernement se moque de nous. Alors nous ne partirons que si la police nous chasse, ou si de vraies négociations pour aboutir au suffrage universel sont lancées».

De son côté, l’exécutif justifie sa décision par, notamment, «le climat guère propice» au dialogue. Il reproche aux étudiants d’avoir «annoncé de nouvelles actions» avant la rencontre. Aucune autre ne devrait rapidement avoir lieu car le chef de l’exécutif, C. Y. Leung, et Carrie Lam ont annoncé qu’ils partiront dimanche pour trois jours à Guangzhou y assister à un forum.

Vétéran du combat démocratique, joint vendredi matin, Joseph Cheng n’est «pas exactement surpris», par cette annulation. «En réalité, le gouvernement n’est pas sincère, et cherche à gagner du temps alors que les pro-Pékin se mobilisent à leur tour», estime celui qui est à la tête de l’Alliance pour une vraie démocratie, la collation des partis hongkongais se battant pour le suffrage universel. Arrêté dans la première nuit des manifestations, relâché depuis, Joseph Cheng veut rester dans la rue «aussi longtemps que la police ne nous chassera pas. Nous voulons aussi dire au monde entier que nous n’allons pas abandonner, que nous n’allons pas nous résoudre à ne devenir qu’une ville de Chine parmi d’autres. Nous voulons conserver notre culture et notre dignité».

«Les seuls à sauver Hongkong»

A Admiralty, l’organisation bat son plein. Deux heures avant que Joshua Wong ne prenne la parole, les responsables de l’intendance se relaient au micro pour donner des consignes: «Les nuits deviennent moins chaudes à mesure que l’hiver approche. Alors venez avec une couverture, un oreiller. Pensez au shampooing, car nous aurons un espace pour les douches. Nous sommes là pour très, très longtemps.»

Entre chaque intervention, les mêmes slogans reviennent. Comme «Hongkong nous appartient, nous devrions être les seuls à sauver Hongkong». Et les grandes dates sont désormais mentionnées pour galvaniser les troupes, tel ce parlementaire qui veut faire chuter «son» mur de Berlin. Avant de demander: «Faisons-le aussi en mémoire de Sun Yat-Sen!», le premier président de la République de Chine, en 1912. Bien avant celle des communistes.