Ultime répétition avant la COP21, la grande conférence sur le climat qui réunira à Paris, du 30 novembre au 11 décembre, les 196 pays et institutions signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC). Cey lundi et mardi, une soixantaine de pays – dont la Chine, l'Inde ou le Brésil – seront représentés lors d'une nouvelle «Pré-COP» organisée dans la capitale française,  à la veille de deux réunions internationales importantes: le sommet Union européenne-Afrique de La Valette (Malte) le 12 novembre, et le sommet annuel du G20 qui se tiendra à Antalya (Turquie) les 15 et 16 novembre.

Cent cinquante-quatre pays ont à ce jour rendu publiques leurs contributions nationales (INDC) à la lutte contre le réchauffement climatique, à partir desquelles l'UNFCC a rédigé à l'issue de sa dernière session de négociation à Bonn fin octobre le texte de base d'un futur accord destiné à entrer en vigueur après 2020. C'est ce texte, composé d'un préambule et de 26 articles, qui sera discuté dès l'ouverture de la COP21 par les chefs d'Etat ou de gouvernements conviés durant la première semaine de la Conférence. La Suisse, premier pays à présenter sa contribution le 3 mars 2015, y sera représentée par la conseillère fédérale Doris Leuthard.

Vers une économie «décarbonée»

Du coté français, la nouvelle la plus encourageante est celle ramenée de Chine, premier pays émetteur de gaz à effet de serre, par François Hollande qui a obtenu ces derniers jours à Pékin une déclaration conjointe avec le président chinois, Xi Jinping, acceptant des règles contraignantes et une clause de révision tous les cinq ans de l'éventuel accord qui pourrait être obtenu à l'issue de la COP21. Cette nouvelle réunion ministérielle, comme celle organisées fin juillet et début septembre à Paris, vise donc avant tout à «serrer les rangs» diplomatiques pour s'assurer notamment une surenchère de dernière minute entre les pays les plus vulnérables au réchauffement et certains acteurs particulièrement réticents à des mesures contraignantes et à la transition vers une économie «décarbonée» comme les pays producteurs de pétrole.

Elle coïncide avec le lancement d'une campagne de communication nationale et internationale que le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, président de la COP21, a dévoilé vendredi avec la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal. Les quatre priorités de la COP21, a rappelé le chef de la diplomatie française, seront l'ambition d'aboutir à un accord contraignant assorti d'une clause de révision; le principe d'atténuation qui doit permettre une équité de traitement entre pays riches et pays en développement; les actions concrètes à entreprendre sans attendre 2020 et la question du financement. L'objectif est de réunir, à partir de 2020, 100 milliards de dollars par an pour financer les transitions énergétiques et économiques à travers le monde. 

Un maillon crucial

Une des figures les plus actives de ces ultimes pourparlers parisiens est la négociatrice française au coeur de cette COP 21, Laurence Tubiana, 64 ans. Le fait qu'elle ne soit pas une diplomate classique, mais une spécialiste du développement et de la gouvernance mondiale, fait aujourd'hui d'elle l'un des maillons cruciaux de l'opération, très sensible sur le plan politique intérieur en raison de la compétition entre Laurent Fabius et Ségolène Royal, ancienne compagne du président Hollande.

Laurence Tubiana, docteur en sciences économiques et proche de l'ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin, a notamment présidé l'organisation non gouvernementale agricole Solagral et dirigé l'Agence française de développement, responsable des budgets de coopération. L'une de ses priorités, en plus des négociations diplomatiques, est de nourrir le dialogue avec les organisations de la société civile.

Neuf d'entre elles devaient d'ailleurs être reçues ce dimanche à Paris, juste avant l'ouverture de la Pré-COP et avant la visite prévue sur le site du parc des expositions du Bourget où aura lieu la conférence, la plus importante organisée en France depuis 1948. Laurence Tubiana entretient des liens étroits avec Christine Figueres, la patronne de l'UNFCCC (voir son blog), originaire du Costa-Rica, négociatrice en chef de l'ONU qui organise la COP21.

Objectif 2 degrés

Alors que le chiffre symbole d'une limitation du réchauffement climatique à 2 degrés par rapport à l'ére pré-industrielle apparaît toujours hors d'atteinte au vu des contributions nationales déposées à ce jour, Laurence Tubiana a fait de la «transparence» des discussions et de l'obtention d'une clause ferme de révision ses objectifs principaux. «Il faut qu'il y ait 2 degrés dans l'accord explique son entourage. mais il faut surtout parvenir à réunir les moyens pour ne pas, ensuite, s'écarter de ce cap.»

Les mots employés par la négociatrice française sont révélateurs: «La COP 21 sera un succès si elle marque un tournant jugé comme incontestable et irréversible dans la lutte contre le réchauffement.» Une posture nuancée, qui laisse place à plus d'optimisme que celle de l'autre figure de proue de cette mobilisation hexagonale: l'ancien animateur de TV Nicolas Hulot, conseiller spécial de l'Elysée.

Ce dernier a lancé début octobre un appel sous forme d'un livre, Osons! (Ed. Les liens qui libèrent). «Je pense que rien n'est joué», avait-il déclaré, inquiet sur de possibles blocages de dernière minute comme cela avait été le cas en décembre 2009, lors de la COP15 à Copenhague.