France

Laurent Fabius canarde Pierre Moscovici

Le numéro deux du gouvernement français, Laurent Fabius, a jugé mardi que le ministère de l’Economie, où sept ministres coexistent, avait besoin d’«un patron». Des propos peu amènes à l’égard de son collègue Pierre Moscovici, déjà affaibli par le scandale Jérôme Cahuzac

«J’ai dirigé Bercy (nom du ministère de l’Economie et des Finances) dans le passé et c’est vrai que Bercy a besoin d’un patron. Là vous avez plusieurs patrons et, quelle que soit la qualité des hommes et des femmes et leur degré d’entente, je pense qu’une coordination plus forte serait utile», a déclaré Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, à la radio RTL.

Il était interrogé sur des propos lundi dans «Le Monde» de l’ex-conjointe de François Hollande, Ségolène Royal, qui s’est montrée sévère à l’égard de l’exécutif socialiste pour sa première année au pouvoir, en estimant entre autres qu’une restructuration était nécessaire au ministère de l’Economie.

Depuis l’affaire Jérôme Cahuzac, qui s’est soldée par la démission en mars de ce ministre chargé du Budget pour avoir détenu un compte bancaire secret à l’étranger, Pierre Moscovici est dans le collimateur de l’opposition de droite qui l’accuse d’avoir protégé l’ex-responsable indélicat.

Ancien directeur de campagne électorale de François Hollande, Pierre Moscovici s’en est toujours défendu. La mise en cause de sa gestion ministérielle par un poids lourd du gouvernement, lui-même ex-premier ministre et ex-ministre de l’Economie, accentue l’image de division qui règne au sein de la majorité socialiste au pouvoir, très impopulaire après un an de fonction.

Au cours des derniers mois, l’autorité du ministre des Finances a été plusieurs fois écornée, notamment en raison de la personnalité tonitruante du ministre chargé de l’Industrie, Arnaud Montebourg, dont les bureaux se trouvent aussi à Bercy et dont la rivalité avec Pierre Moscovici est récurrente.

Remaniement ministériel à venir

Après la critique de Laurent Fabius, la ministre française de la Culture, Aurélie Filippetti, invitée de la radio France inter, a souligné qu’il n’y avait qu’un «seul patron au gouvernement», le premier ministre Jean-Marc Ayrault. «C’est à lui de faire les choix qui s’imposent, avec le président de la République, évidemment», a-t-elle dit. Alors qu’il lui était demandé qui était le patron à Bercy, elle a répondu: «Vous le savez comme moi, Pierre Moscovici est ministre de l’Economie et des Finances.»

Pour Laurent Fabius cependant, le constat d’un problème de fonctionnement au ministère de l’Economie «est maintenant partagé par tout le monde». «J’imagine que s’il y a un remaniement, probablement avant la fin du quinquennat, eh bien cette question sera traitée», a ajouté Laurent Fabius.

Le président français, qui a récemment évoqué pour la première fois la probabilité d’un remaniement à moyen terme, doit tenir jeudi sa deuxième conférence de presse semestrielle et devrait revenir sur le sujet.

Certains membres du gouvernement sont en faveur d’un remaniement qui permettrait d’améliorer la cohésion de l’exécutif et de resserrer l’équipe au pouvoir, aujourd’hui forte d’une quarantaine de ministres.

Bercy abrite sept titulaires de portefeuilles: outre Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, il s’agit de Bernard Cazeneuve (Budget), Benoît Hamon (Consommation), Nicole Bricq (Commerce extérieur), Fleur Pellerin (Economie numérique) et Sylvia Pinel (Artisanat, commerce et tourisme).

Le ministère des Affaires étrangères est lui aussi pourvu d’un grand nombre de ministres: outre Laurent Fabius, il compte Pascal Canfin (Développement), Thierry Repentin (Affaires européennes), Yamina Benguigui (Francophonie) et Hélène Conway-Mouret, chargée des Français de l’étranger.

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