Le ton est à nouveau monté, lundi, entre les présidents français Jacques Chirac et ivoirien Laurent Gbagbo à quelques heures d'un vote au Conseil de sécurité de l'ONU. Dans une interview publiée par Libération, M. Gbagbo a qualifié hier d'«insulte» les propos tenus la veille par le président Chirac. Celui-ci avait haussé le ton envers Laurent Gbagbo en s'interrogeant publiquement sur son «régime contestable» et en dénonçant un risque de dérive «fasciste» en cas de retrait des troupes françaises.

«Le président Chirac a soutenu le parti unique en Côte d'Ivoire pendant quarante ans. Qu'est-ce qui est le plus proche du parti unique que le fascisme? C'est nous qui étions en prison sous le régime de parti unique soutenu par la France! C'est une insulte», s'est offusqué le chef de l'Etat ivoirien. Evoquant les incidents de Bouaké où neuf soldats français ont été tués par l'aviation ivoirienne, le président Gbagbo a accusé la France d'avoir «objectivement […] pris parti pour les rebelles». La destruction de l'aviation ivoirienne après cette attaque «m'a laissé pantois», a-t-il ajouté.

L'exode se poursuit

Sur le terrain, les troubles ont cessé depuis plusieurs jours à Abidjan, mais l'exode des Occidentaux se poursuit, à un rythme moins soutenu. Plus de 5000 personnes, dont 40 Suisses, ont été rapatriées à ce jour. Par ailleurs, trois rapporteurs spéciaux de l'ONU ont dénoncé des «violences sexuelles et xénophobes» dans le pays.

Enfin, le Conseil de sécurité de l'ONU devait se réunir lundi soir à New York pour voter sur une résolution française prévoyant l'imposition conditionnelle de sanctions à la Côte d'Ivoire. Ce vote intervient au lendemain d'un sommet de chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest réuni à Abuja à l'initiative de l'Union Africaine (UA). Ils ont apporté leur soutien au projet onusien, «en particulier l'embargo sur les armes». L'UA a également appelé «toutes les parties à observer le cessez-le-feu et à n'entamer aucune action qui pourrait conduire à de nouveaux affrontements». La désignation par M. Gbagbo d'un nouveau chef d'état-major réputé «dur» a fait craindre une nouvelle offensive gouvernementale sur les zones rebelles.