France

Laurent Wauquiez, la droite française version Sarko

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes semble bien parti pour prendre la tête des Républicains en décembre. Sa stratégie? Une droite sûre d’elle et localement enracinée face à Emmanuel Macron

Il scrute les sondages et se dit que son heure est venue. Crédité de 78% d’opinions favorables au sein des sympathisants français de droite selon un sondage Odoxa-Le Figaro publié jeudi, Laurent Wauquiez paraît désormais grand favori pour accéder, en décembre, à la présidence du parti Les Républicains (LR), l'ex UMP ainsi rebaptisée par Nicolas Sarkozy en juin 2015.

A 42 ans, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes (élu en décembre 2015 après la fusion des deux régions) pense que l’heure de la riposte est venue face à un Emmanuel Macron certes bien campé économiquement sur le terrain libéral-centre droit, mais de plus en plus contesté pour sa négligence des territoires et des communes rurales. «Wauquiez a le bon logiciel, nous expliquait début octobre le politologue Pascal Perrineau. Il pense que l’électorat de droite veut entendre un discours sur les valeurs, la sécurité, la défense de la ruralité. Il joue la droite authentique, décomplexée, comme Sarkozy le fit avec succès en son temps.»

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Wauquiez le caméléon

L’élu de Haute-Loire a de longue date coupé les ponts avec son camp d’attache centriste, réussissant de surcroit à faire oublier son milieu d’origine. Le «surdoué» Laurent Wauquiez, major de l’agrégation d’histoire à l’Ecole normale supérieure (1997) puis major de l’Ecole nationale d’administration (1997 – promotion Mandela), est un caméléon. Issu de la haute bourgeoisie, élève des meilleurs établissements parisiens, l’homme à l’éternel parka rouge n’a rien du fils du terroir qu’il prétend aujourd’hui être.

Il fut, jadis, un jeune centriste dans le sillage de celui qui lui mit le pied à l’étrier politique, avant d'être sans ménagement poussé dehors: l’ancien ministre et commissaire européen Jacques Barrot, décédé en décembre 2014. Son programme, cinq mois après l’entrée en fonction d’Emmanuel Macron, est ni plus ni moins de tirer les Républicains à droite toute, pour marginaliser les élus séduits par l’actuel quinquennat et chasser sur les terres du Front national avec lequel il jure qu’il ne s’alliera jamais. «Wauquiez a, comme Sarkozy à l’époque, le diagnostic juste, confesse un banquier proche du président. Il pense que le rassemblement à la Macron va très vite se heurter aux réalités économiques et sociales et que la gauche va finir par redresser la tête. On peut aussi imaginer des manifestations en série. A ce moment-là, l’électorat de droite prendra peur. Et lui empochera la mise.»

Jeune, connecté et habile provincial

A cette vision politique s’ajoute une tactique personnelle décriée, mais payante. Laurent Wauquiez, présenté en mai 2015 comme le «bad boy» de la droite française par Le Monde en raison de son ambition démesurée et de sa volonté infaillible de «tuer» tous ses concurrents, a trois avantages: il est jeune, dispose d’un superbe carnet d’adresses parisien, et peut se positionner, par son enracinement électoral auvergnat, comme un représentant des Français de la périphérie, oubliés des élites.

Un habile mélange de modernité, de caractère et de province auquel Virginie Calmels, première adjointe d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux, a finalement apporté son soutien – alors que l’ancien premier ministre est, lui, compatible avec l’Elysée et Matignon, où est installé son ex-protégé, le premier ministre Edouard Philippe .

Wauquiez-Sarko contre Juppé-Macron? Le parallèle prend du sens. Comme l’ancien président, battu aux primaires présidentielles de la droite de novembre 2015, Laurent Wauquiez est populaire parmi les militants LR (environ 230 000) qui voteront au Congrès, les 16 et 17 décembre. Il tient l’appareil, que ses rivaux Xavier Bertrand (président de la région Nord) ou Valérie Pécresse (Ile de France) maîtrisent beaucoup moins, même s’ils ratissent plus large chez les électeurs de droite en général.

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Macron, atout malgré lui

L’autre atout dans la manche de celui qui fut longtemps couvé par Brice Hortefeux, gardien du temple sarkozyste, est… Emmanuel Macron. Certes, ce président a recruté à droite son chef du gouvernement, son ministre des Finances (Bruno Le Maire) et son ministre du budget (Gérald Darmanin). Certes, un groupe dissident des députés de droite «constructifs» s’est créé à l’Assemblée nationale, en empathie avec l’Elysée. Certes, le Chef de l’Etat plaît plutôt aux riches et à l’élite mondialisée des grands dirigeants d’entreprise. Mais quid de la vieille France: celle des territoires, aujourd’hui en rébellion ouverte face aux coupes budgétaires annoncées pour les collectivités locales ?

François Baroin, ancien ministre et ex-président de l’association des maires de France, aurait bien aimé jouer cette carte et incarner lui aussi ce renouveau conservateur. Son dernier livre Une histoire de France par les villes et les villages (Ed. Albin Michel) fleure bon l’authenticité des élus de terrain. Problème: les attaques à boulets rouges de Baroin – il dénonce dans son ouvrage, sans citer Wauquiez, «la prétention orgueilleuse de démagogues à vouloir faire table rase et s’ériger en inventeur, sans dette à l’égard des anciens» – ne font pas mouche. Son association passée avec Nicolas Sarkozy et François Fillon, son manque d’autorité, sa légèreté présumée lui coûtent: «On ne peut pas se positionner contre Macron sans taper fort analyse Pascal Perrineau. Or Wauquiez est un cogneur doté d'un excellent logiciel.»

«La droite est en demande d’incarnation»

Dernière cible que le président d’Auvergne-Rhône-Alpes peut espérer toucher, et partiellement contribuer à couler: Marine Le Pen. Le départ récent du Front national de Florian Philippot, a ébranlé l’ex-candidate à la présidentielle. Aucun sénateur FN n’a été élu en septembre. Le prochain Congrès du parti, les 10 et 11 mars 2018 à Lille, pourrait être marqué par des divisions entre les tenants d’une extrême droite sociale et ceux qui mettent en avant «l’identité». Moralité? «La France est à droite, c’est un fait confirme l’historien Jean-Noël Jeanneney. Et cette droite est en demande d'un chef, aussi controversé soit-il.»

Nicolas Sarkozy, lors de son ascension vers l'Elysée, avait aussi pris ce parti de la rupture rugueuse avec le trop prudent Jacques Chirac. Mieux: le fait qu’Emmanuel Macron soit de plus en plus présenté comme un nouveau Giscard - sous entendu: se faire réélire au centre sera trés difficile si la situation économique ne s'améliore pas nettement - le sert. Le grand coup de balai de la présidentielle (Sarkozy retraité, Coppé marginalisé, Le Maire parti chez Macron, Fillon naufragé…) a fait le reste. «La chance de Wauquiez, s’il prend la tête des Républicains, va se présenter lorsque Macron fera son virage social obligé pour rester au centre de l’échiquier poursuit Pascal Perrineau. Un espace s’ouvrira alors à droite». Espace que la présidence des Républicains, s'il l'emporte, lui permettra d'occuper.

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