Deux jours pour parvenir à un accord. L’ensemble des ministres en charge des négociations sur le nucléaire iranien se sont retrouvés dimanche soir au Beau-Rivage Palace, à Lausanne, afin de trouver un terrain d’entente en vue d’un accord jugé historique. Si les chances de «parvenir à un accord sont faisables, de nombreuses questions» subsistent, a déclaré Abbas Araghchi, le numéro deux de l’équipe des négociateurs iraniens.

A commencer par l’exportation de son énergie nucléaire, détail clé de l’accord en négociation. L’Iran, qui s’était engagée depuis des mois, sur les modalités d’exportation de son uranium, a fait marche arrière. Par la voix d’Abbas Araghchi, Téhéran a affirmé qu’il refusait d’envoyer à l’étranger son stock d’uranium faiblement enrichi (environ 8000 tonnes), mais a proposé des solutions pour rassurer les grandes puissances occidentales.

«Nous n’avons pas l’intention d’envoyer les stocks d’uranium enrichi à l’étranger. Mais il y a d’autres solutions pour créer la confiance concernant ces stocks, pour lever les inquiétudes à propos de toute utilisation autre que pacifique. Nous en avons discuté et nous sommes presque parvenus à une solution, mais il est hors de question d’envoyer ces stocks à l’étranger», a ajouté Abbas Araghchi.

Et de souligner que les négociateurs avaient fait de «bons progrès, trouvé de bonnes solutions pour de nombreuses questions. Toutes les délégations tentent de parvenir à des solutions». «Nous pouvons arriver à une solution, mais il faut que l’autre partie prenne sa décision et choisisse entre la pression ou un accord», a-t-il commenté. Le négociateur iranien a de nouveau insisté sur le fait qu’un accord final n’existera que s’il comprend «tous les détails». «Nous avons encore plusieurs mois de travail» jusqu’à fin juin pour finaliser toutes les questions, a-t-il dit.

Il a également ajouté que «toutes les sanctions doivent être levées selon un cadre précis, les six résolutions (du Conseil de sécurité des Nations unies), les sanctions de l’UE et celles des Etats-Unis». En cas d’accord sur ce dossier nucléaire iranien les grandes puissances accepteraient de lever les sanctions internationales qui pèsent actuellement sur l’économie de la République islamique.

Nouvelle réunion ce lundi

Les chefs de la diplomatie des grandes puissances et de l’Iran se sont à nouveau retrouvés lundi matin. Présidant l’immense table rectangulaire de la réunion, le ministre iranien, Mohammad Javad Zarif, et la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, arboraient un large sourire, contrastant avec le visage fermé du secrétaire d’Etat américain, John Kerry.

A leur droite, les ministres du P5 + 1 (USA, GB, France, Russie, Chine, Allemagne), à leur gauche, l’équipe de négociateurs iraniens. C’est la première fois depuis une précédente session de négociations en novembre dernier à Vienne que les ministres se retrouvent tous ensemble.

Après un an et demi de négociations acharnées à Genève, Vienne, New York, Lausanne, les négociateurs sont déterminés à conclure un premier compromis, fondamental pour poursuivre les négociations jusqu’à un accord final d’ici au 30 juin.

Objectif: s’assurer que l’Iran ne cherchera pas à se doter de la bombe atomique en contrôlant étroitement son programme nucléaire, en échange d’une levée des sanctions internationales qui étranglent l’économie iranienne depuis des années.

Mais de sérieux obstacles jalonnent encore la route d’un compromis. L’un des plus épineux concerne la levée des sanctions liées à la prolifération nucléaire, prises par l’ONU depuis 2006, et que l’Iran voudrait voir levées en bloc et tout de suite après la conclusion d’un accord.

Pour les pays occidentaux cela ne peut se faire que graduellement, en fonction du respect des engagements pris par l’Iran. Téhéran insiste aussi pour pouvoir faire de la recherche et du développement, notamment afin d’utiliser à terme des centrifugeuses plus modernes et plus puissantes pour enrichir l’uranium. Mais les pays occidentaux et Israël estiment que le développement de telles centrifugeuses permettra à l’Iran de réduire le «breakout», temps nécessaire afin d’avoir suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer une bombe atomique.