Cela fait déjà plus de dix jours qu’à travers toute l’Australie (25 millions d'habitants), le nombre de nouveaux cas quotidiens de Covid-19 est bien en dessous de la centaine. Et pourtant, alors que la fin de l’hiver approche, l’étau sur la population reste encore très serré, bien plus que dans n’importe quel autre pays démocratique. L’une des mesures les plus emblématiques tient à la fermeture de la plupart des frontières entre les Etats, une première. Si cette situation frustre de nombreux habitants de Sydney, qui ne peuvent plus aller en vacances dans l’Etat voisin et très touristique du Queensland, elle conduit aussi dans certains cas à des histoires dramatiques.

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C’est le cas d’une femme enceinte de jumeaux vivant à Ballina, en Nouvelle-Galles du Sud mais tout près de la frontière du Queensland, qui devait être opérée en urgence. Sa demande de dérogation ayant pris trop de temps à être examinée par les autorités de cet Etat, elle a finalement pris l’avion pour se rendre dans un hôpital à Sydney où, faute d’avoir pu être opérée à temps, l’un de ses jumeaux est décédé. Les Australiens ont également été très émus par le cas d’un homme de 39 ans et père de quatre enfants, atteint d’un cancer en phase terminale et hospitalisé à Brisbane. Sa famille, vivant à Port Macquarie en Nouvelle-Galles du Sud, n’a pas eu le droit de lui rendre visite.

«Restrictions orwelliennes»

Les règles sont respectées par l’immense majorité des gens, et les amendes, très dissuasives, peuvent atteindre plusieurs milliers de francs. La deuxième ville du pays, Melbourne, épicentre d’une deuxième vague devenue plus meurtrière que la première, est confinée depuis sept semaines et le restera jusqu’au 28 septembre. La population y vit au rythme du couvre-feu et le port du masque est obligatoire en toutes circonstances à l’extérieur du domicile.

Néanmoins, pour le troisième samedi d’affilée, quelques centaines de personnes ont bravé ces interdits le 19 septembre et manifesté pour dénoncer ce qu’elles estiment être un Etat dictatorial. Le premier de ces rassemblements, baptisé «jour de la Liberté», s’est déroulé le 5 septembre dans toutes les grandes villes du pays. A Sydney, où les rassemblements de plus de 20 personnes restent interdits, plusieurs centaines de mécontents ont répondu à l’appel. C’est par exemple le cas d’Irena, une sexagénaire: «Nous défendons notre liberté d’expression! Ce n’est pas l’Australie dans laquelle j’ai grandi. J’ai 61 ans, je ne veux pas voir ça pour les générations futures!» Dans le même cortège, Naomi s’offusque, elle, de la «disproportion des mesures prises par le gouvernement avec la sévérité de la crise. Ces restrictions sont draconiennes, orwelliennes même.» Cette jeune mère de famille regrette notamment de ne pas pouvoir rendre visite à sa mère, qui vit en Grande-Bretagne.

Depuis le 15 mars, les frontières de l’Australie sont fermées. Les citoyens, les binationaux et les simples résidents permanents ont l’interdiction de quitter le territoire. Des dérogations existent mais elles sont délivrées au compte-gouttes: le taux de refus est de 75%. Faire le trajet inverse est devenu également très compliqué. Depuis début août, seules quelques centaines d’arrivées internationales sont autorisées chaque jour, afin d’éviter de saturer les hôtels réquisitionnés pour y placer en quarantaine les personnes arrivant de l’étranger.

Fenêtres scellées

Après bien des mésaventures, Loky, sa femme et son fils de 3 ans ont enfin pu rentrer il y a quelques jours de Londres dans le Queensland. Avant d’y parvenir, ce père de famille a dépensé plus de 10 000 francs dans des vols qui ont été annulés et qui ne lui ont toujours pas été remboursés. En désespoir de cause, il a fini par atterrir à Perth, à 4000 km de sa destination finale. Là-bas, sa famille et lui ont été placés en quarantaine pendant quatorze jours dans une chambre d’hôtel dont les fenêtres ne pouvaient pas être ouvertes, et sans possibilité de sortir, même pour quelques minutes. Il reste très amer: «Nous avons été complètement abandonnés par l’ambassade et le gouvernement, qui au lieu de nous aider nous ont pointés du doigt et traités d’inconscients.»

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La quarantaine obligatoire pour ceux qui reviennent de l’étranger est devenue payante – entre 1500 et 1800 francs suisses par personne – il y a quelques semaines, le premier ministre Scott Morrison estimant que «la pandémie dure depuis plus de six mois, les Australiens à l’étranger n’avaient qu’à rentrer avant». Ils sont encore 24 000, dont au moins 15 000 essayant tant bien que mal de revenir.

Si ces restrictions commencent très timidement à être assouplies, un retour à la normale n’est pas envisagé avant au moins le mois de décembre. Ceux qui défendent la sévérité de ces mesures – ils sont plus de 60% à les approuver à Melbourne et dans l’Etat de Victoria – estiment qu’elles expliquent en grande partie pourquoi l’Australie a été si peu affectée par la pandémie. Sur une population de 25 millions de personnes, le Covid-19 a fait 854 victimes, parmi lesquelles 49 avaient moins de 70 ans. Et malgré une campagne massive de dépistage, seuls 26 942 cas ont été répertoriés depuis le début de l’année.

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