Canberra durcit encore sa politique migratoire

Océanie L’Australie ferme ses portes aux réfugiés en transit en Indonésie

Sa politique est déjà l’une des plus restrictive au monde

L’Australie se vante qu’aucun bateau chargé de migrants n’a accosté sur ses côtes depuis neuf mois. Le gouvernement conservateur entend maintenant les dissuader de gagner l’Indonésie voisine. L’archipel ne doit pas servir de «salle d’attente» pour rejoindre l’Australie, a expliqué mercredi Scott Morrisson, le ministre de l’Intérieur. «L’Indonésie ne génère pas de réfugiés. C’est un pays de transit qui est utilisé par les passeurs.»

Cela signifie concrètement que l’Australie n’accueillera plus de réfugiés reconnus comme tels par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Indonésie. Ceux-ci viennent d’Afghanistan, du Sri Lanka, du Myanmar (Birmanie), d’Irak ou parfois même d’Afrique. A Genève, au siège de l’organisation onusienne, on en est réduit à prendre note. «Les programmes de réallocation sont à la discrétion des Etats», explique Babar Baloch, porte-parole du HCR. Le gouvernement australien entend privilégier les réfugiés dans les «premiers pays d’accueil», comme les pays limitrophes de la Syrie. Pour 2014 et 2015, 13 500 permis humanitaires seront ainsi accordés, a précisé le Ministère de l’intérieur. C’est toutefois 6500 permis de moins qu’auparavant.

Canberra donne donc un nouveau tour de vis à une politique d’immigration déjà parmi les plus restrictives au monde. De retour au pouvoir en septembre 2013, les conservateurs australiens ont été élus sur la promesse d’un strict contrôle de l’immigration. Ils croient fermement à la «solution du Pacifique». Une opération gigantesque qui consiste à intercepter en mer tous les «boat people» s’approchant des côtes australiennes. Ils sont ensuite remorqués sur des milliers de kilomètres vers Manus, une île au nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, vers Nauru, en Micronésie, ou vers l’île de Christmas. Cet atoll, plus proche de Java, en Indonésie, appartient à l’Australie mais dispose d’un statut extraterritorial, afin que les requérants qui y sont parqués ne puissent pas déposer une demande d’asile en Australie.

L’histoire de Nauru est tout aussi éloquente. Ce pays indépendant de 9000 âmes avec un taux de chômage de 90% avait fait banqueroute après l’épuisement des gisements de phosphate. En 2001, il a accepté de bonne grâce les fonds australiens en échange de la construction et de la gestion d’un centre de rétention. Le HCR et les défenseurs des droits de l’homme dénoncent la détention indéfinie dans ces centres insalubres, le temps que les réfugiés trouvent une autre destination que l’Australie.

Début septembre, un jeune Iranien est mort dans un hôpital de Brisbane, après avoir été évacué de Manus. Il s’était ouvert le pied et la blessure s’était infectée faute de soins. Selon le HCR, plus de 2300 personnes étaient détenues sur les îles de Manus et de Nauru au 31 août.

Le 26 septembre, Canberra a justement signé un accord avec le Cambodge, pas franchement réputé pour son respect des libertés, pour qu’il accueille les personnes ayant obtenu le statut de réfugié sur l’île de Nauru. L’initiative avait cette fois été vivement dénoncée par le HCR comme «un très mauvais précédent». «87% des réfugiés sont aujourd’hui hébergés par les pays en développement, il est essentiel que chacun assume ses responsabilités», avait rappelé Antonio Guterres, le directeur du HCR.

Le modèle australien va-t-il faire des émules? Professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève et spécialiste des migrations, Vincent Chetail en doute. «L’Australie est un cas particulier, d’abord parce qu’il s’agit d’une île-continent. Ensuite, cette politique viole ouvertement le droit international, parce que le recours à la détention est systématique», analyse-t-il.

«Du temps de la Libye de Kadhafi, l’Union européenne a pu être tentée par l’idée de sous-traiter la gestion de centres de rétention, poursuit le professeur. L’Italie avait même conclu un accord de réadmission avec Tripoli mais cela avait suscité un tollé. L’implosion de la Libye rend aujourd’hui impossible toute initiative de ce genre.»

Les boat people qui s’approchent des côtes australiennes sont remorqués sur des milliers de kilomètres