La polémique enfle en Australie depuis vendredi, quand le pays «a décidé de tourner le dos aux plus vulnérables de la planète», selon Amnesty International. Tous les migrants qui arriveront sur le sol australien par la mer seront expulsés en Papouasie-Nouvelle-Guinée, selon un accord que les autorités viennent de conclure avec l’île pour un an au moins. Les migrants seront placés «indéfiniment» dans des camps de rétention déjà surpeuplés, en attendant que leur demande d’asile soit traitée. En échange, le gouvernement australien a promis une aide financière à Port Moresby.

«Aucune chance»

«A partir de maintenant, tout demandeur d’asile qui arrivera en Australie par bateau n’aura aucune chance d’être autorisé à rester dans le pays comme réfugié», a martelé vendredi le premier ministre travailliste, Kevin Rudd. Le lendemain, une émeute éclatait dans un autre centre de rétention, installé par l’Australie sur l’île de Nauru. Près de la moitié des 500 réfugiés parqués dans ce minuscule Etat de l’océan Pacifique se sont échappés du camp et plusieurs bâtiments ont été incendiés. Dans la foulée, dimanche, le gouvernement australien dévoilait un autre volet du durcissement des politiques migratoires, promettant des récompenses allant jusqu’à 200 000 dollars pour toute information permettant l’arrestation de passeurs, qui encourent jusqu’à 20 ans de prison en Australie.

Selon le gouvernement travailliste, plus de 15 600 demandeurs d’asile sont arrivés par bateau en Australie depuis janvier, principalement d’Afghanistan, d’Iran, du Sri Lanka et du Pakistan. Un chiffre record, mais qui ne représente que 3% des demandes d’asile déposées dans les pays industrialisés en 2011, selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Pourtant, à deux mois des prochaines élections législatives, pour lesquelles les travaillistes sont donnés perdants, le premier ministre veut faire des boat people un thème central des débats politiques. A l’appel des organisations de défense des droits de l’homme, des manifestations ont eu lieu samedi dans tout le pays pour dénoncer un nouveau tour de vis de la politique migratoire jugé contraire aux obligations humanitaires du pays.

Pour le spécialiste des migrations Patrick Taran, associé à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), Canberra profite de l’ambiguïté des normes internationales. La Convention de Genève relative au statut de réfugiés – signée par l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée – ne prévoit pas de droit de rester sur un territoire, mais celui de ne pas être renvoyé dans un pays où l’on risque d’être persécuté. «Les Etats industrialisés ont de plus en plus tendance à exter­naliser leurs responsabilités en matière d’asile. Ce n’est pas illégal du point de vue du droit inter­national, mais le fait de placer dans des camps et de priver de libertés, pendant des semaines voire des ­années, des personnes qui n’ont commis aucun crime soulève des questions humanitaires et morales».