A l'occasion de la conférence de Londres sur la réforme de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas a confirmé que la décision a été prise à Ramallah d'unifier les 12 services de sécurité palestiniens en trois agences mieux structurées et plus efficaces. Ce faisant, le président palestinien a répondu à une exigence émise de longue date par Israël, l'Union européenne (qui finance la plus grande partie du salaire mensuel des policiers palestiniens), ainsi que l'administration américaine. Mais il n'a pas satisfait aux demandes de la population palestinienne qui réclame, elle, l'arrêt de corruption, des passe-droits, de la wasta (le favoritisme instauré par les proches de Yasser Arafat), ainsi que de la fawda (l'anarchie régnant dans certaines parties des Territoires).

Au-delà de la lutte contre le terrorisme, qui est d'abord une demande israélo-américaine, de nombreux chantiers aussi délicats – sinon plus – attendent en effet le nouveau raïs. Le premier d'entre eux concerne la démocratisation de l'AP et le renouvellement de son personnel politique puisque la plupart des postes clés sont occupés par des membres du Fatah. Durant la campagne pour l'élection présidentielle, le candidat indépendant Moustapha Barghouti avait d'ailleurs axé sa propagande sur la «confiscation du pouvoir par une caste de privilégiés» (ndlr: les proches de Yasser Arafat) et sur le fait qu'il faille «prendre sa carte du Fatah même pour décrocher un emploi de balayeur de rue à mi-temps». Ses arguments ont manifestement fait mouche puisqu'il a récolté 20% des suffrages.

En tout cas, le Fatah a compris la leçon. La semaine dernière, ses instances dirigeantes et ses députés au Conseil législatif (parlement) ont d'ailleurs obligé le premier ministre Ahmad Qoreï à modifier de fond en comble la composition du nouveau gouvernement qu'il comptait présenter à leur approbation. De plus, à l'occasion des élections législatives du 17 juillet prochain, les partis réserveront plus de places éligibles aux jeunes et aux femmes. Le nombre de sièges du Conseil national pourrait d'ailleurs passer de 88 à 132.

Certes, depuis son entrée en fonctions, Mahmoud Abbas a renvoyé plus de 100 des 500 «conseillers» de Yasser Arafat, dont la plupart étaient payés pour ne rien faire. Dans la foulée, plusieurs responsables de la police palestinienne de la bande de Gaza ont été limogés pour «incompétence». Mais le «grand nettoyage» n'a pas encore eu lieu. Il débutera vraiment dans les prochaines semaines. Seront alors visés la plupart des hauts fonctionnaires des administrations palestiniennes ainsi que les représentants diplomatiques de l'AP à l'étranger, puisque certains occupent les mêmes fonctions à la même place depuis dix ans.

Moins de deux dollars par jour

A Ramallah, les éditorialistes s'attendent également à une valse des préfets nommés par Arafat. Une mesure destinée à mieux combattre la fawda – certaines milices continuent de tenir impunément tête à l'AP. Lundi, à Jénine, un groupe armé a ainsi attaqué et pris le contrôle de la prison afin de libérer certains de ses membres. Le lendemain, les Brigades des martyrs Al-Aqsa de la ville (qui se sont pourtant ralliées à Mahmoud Abbas) ont expulsé manu militari le nouveau ministre de l'Intérieur, Nasser Youssef, qui venait leur demander de déposer les armes.

La rue palestinienne attend aussi le raïs sur le terrain des réformes économiques, la situation s'étant considérablement dégradée depuis le déclenchement de l'Intifada en 2000. Selon la Banque mondiale, la moitié des Palestiniens vivent avec moins de 2 dollars par jour et 600 000 n'atteignent même pas ce niveau de revenu.

Certes, l'Autorité palestinienne compte beaucoup sur l'aide internationale afin de remettre son économie à flot mais, en fin de compte, rien ne sera possible tant que l'Etat hébreu n'aura pas desserré son étau autour des Territoires. Or, pour l'heure, quelques milliers de Palestiniens à peine ont été autorisés à revenir travailler en Israël alors qu'ils étaient 100 000 dans le courant des années 1990.