L’Autorité palestinienne (AP) est secouée par la révolution égyptienne. L’ex-président Hosni Moubarak constituait son principal soutien au sein du monde arabe. Et, pendant seize ans, Le Caire a joué un rôle d’intermédiaire entre Ramallah et Jérusalem. En outre, les services de sécurité égyptiens ont, avec ceux de l’Etat hébreu, aidé la Sécurité préventive (la principale police politique de l’AP) à démanteler les filières clandestines du Hamas.

Manifestations interdites

Dès la chute du Tunisien Ben Ali, l’AP a interdit les manifestations de joie prévues dans les rues de Ramallah. Pour l’occasion, les unités anti­émeute de la police palestinienne remodelées et entraînées par l’Union européenne (UE) ont été placées en état d’alerte. Cette directive est restée en vigueur depuis lors, et les défilés célébrant la chute de Hosni Moubarak n’ont pas davantage été tolérés.

Au lendemain de la démission du raïs égyptien, on pouvait d’ailleurs constater que les policiers étaient plus nombreux que d’habitude dans le centre de Ramallah, où des étudiants les défiaient en se promenant avec les couleurs égyptiennes peintes sur les joues. «Nous avons suivi avec passion tout ce qui vient de se produire. C’est aussi une leçon pour nous en Palestine», nous a affirmé l’un d’entre eux croisé sur la place Al-Menara, le cœur de la ville.

Doit-on s’attendre à ce que ce rond-point central se transforme en une place Tahrir palestinienne? Pas dans l’immédiat. Parce que la vie politique dans la partie cisjordanienne des territoires palestiniens est plus ouverte que dans l’Egypte de Hosni Moubarak, même si le Hamas y est la cible d’une répression impitoyable depuis 2007. Et parce que le Fatah (le parti de Mahmoud Abbas) a réagi rapidement au «printemps arabe».

«Ce n’est pas un hasard si l’AP a promis des élections municipales pour juillet prochain suivies par des législatives avant septembre. Elle a senti passer le vent du boulet en retrouvant une certaine légitimité», affirme Isham Barghouti, un militant des droits de l’homme. Pour les responsables du Fatah comme pour ceux de l’AP, il s’agit de faire oublier que la durée du mandat électif de Mahmoud Abbas est périmée de longue date et que celui des députés palestiniens élus le 25 janvier 2006 n’est pas davantage valable.

Mais il s’agit également de reconquérir une opinion publique ébranlée par la publication par Al-Jazira de documents secrets prouvant que l’AP a fait des concessions majeures à Israël – parmi lesquelles l’abandon de l’exigence de partage de Jérusalem en deux capitales et l’abandon du droit au retour des réfugiés – lorsqu’elle menait des négociations de paix avec Ehoud Olmert en 2008.

Survenue peu après la démission du dictateur tunisien et alors que la révolution égyptienne débutait, cette affaire a eu un retentissement énorme dans les Territoires. Elle a d’ailleurs poussé le principal négociateur palestinien, Saeb Erekat, à démissionner hier.

Chute de popularité

L’organisation des scrutins municipal et législatif suppose que le Fatah (au pouvoir en Cisjordanie) et le Hamas (au pouvoir dans la bande de Gaza) concluent un accord. Or, depuis 2007, toutes les tentatives de négociations notamment menées avec la médiation de Hosni Moubarak ainsi que de son (futur à l’époque) vice-président Omar Souleimane se sont révélées infructueuses.

A Ramallah, les éditorialistes imaginent donc mal que les deux partis arrivent à s’entendre d’ici à 3 mois. D’autant moins que le Hamas enregistre une forte perte de popularité à Gaza et qu’il semble de moins en moins pressé de se retrouver devant l’électeur.