Conformément aux décisions prises vendredi par le cabinet israélien de la sécurité, l'armée de l'Etat hébreu a interdit aux députés palestiniens élus sur la liste du Hamas de se rendre samedi à Ramallah afin d'y prêter serment. Confinés dans un auditorium de Gaza-City, ceux-ci ont participé à la cérémonie organisée à Ramallah (Cisjordanie) grâce à un système de vidéoconférence.

Peu après l'entrée en fonction des nouveaux élus, le président de l'assemblée Aziz Douek (Hamas) a confirmé que le président palestinien Mahmoud Abbas venait de demander à son parti de former le nouveau gouvernement. Et que le député de Gaza-City Ismaïl Hanyeh avait été pressenti pour en prendre la tête. Une mission que le chef de gouvernement en gestation doit remplir en trois semaines. «J'y arriverai avant la fin de ce délai», nous a confié ce dernier avant d'être happé par ses gardes du corps. «Nous avons notre agenda et nous savons comment nous y prendre.»

Dans le camp de réfugiés de Chaati où le nouveau premier ministre réside, les habitants de cachent pas qu'ils «espèrent beaucoup» de «celui qu'ils ont vu grandir». La paix avec Israël? «Plutôt du travail et le droit de nous rendre en Cisjordanie ou à l'étranger», répond Mounir (19 ans), un étudiant qui n'a jamais pu quitter ce territoire depuis sa naissance. «La paix viendra un jour, mais en attendant il faut manger et cela devient de plus en plus difficile.» Et de poursuivre: «Yasser Arafat et les gens du Fatah ne nous aimaient pas. Ils ne sont pas de notre monde et ils n'ont jamais rien fait pour nous.»

Choix stratégique de Abbas

Pour tester les intentions du Hamas, plusieurs diplomates européens s'étaient en tout cas déplacés à Gaza-City. La plupart d'entre eux en sont revenus perplexes. «Nul ne sait vraiment ce que veut cette organisation car ses dirigeants émettent des messages divergents voire contradictoires selon qu'ils sont basés dans les Territoires ou à l'étranger», nous déclarait l'un d'entre eux. «Si le centre de l'Autorité palestinienne s'est déjà déplacé de Ramallah à Gaza-City, il est peu probable que cette AP bicéphale fonctionne correctement. Abbas et Hanyeh ont d'ailleurs déjà commencé à se tirer dans les jambes.» En effet, jeudi, le président palestinien a profité de la dernière séance de l'ancienne assemblée dirigée par le Fatah pour se faire transférer une série de pouvoirs de contrôle. Sur les médias, sur le mode de nomination des hauts fonctionnaires, ainsi que sur une partie des forces de sécurité. A l'issue de la prestation de serment des nouveaux députés, il a également réitéré son «choix stratégique» en faveur de négociations avec Israël et il a promis de «ne pas laisser remettre en cause la légitimité des accords» (signés avec l'Etat hébreu, ndlr).

Des propos auxquels le Hamas a aussitôt répondu en affirmant par la voix de Mouchir al-Masri (l'un de ses élus les plus influents) que «discuter avec l'ennemi ne figure pas à l'agenda du parti». Quant au porte-parole de l'organisation Samy Abou Zouhri, il a rejeté «toute forme de négociation avec un occupant qui pratique des punitions collectives contre notre peuple».

Du pain bénit pour le premier ministre israélien par intérim Ehoud Olmert qui a, lui, déclaré dimanche que son pays considère désormais l'AP comme «une entité terroriste ennemie». Outre la fermeture des points de passage et le renforcement des barrages, il a d'ailleurs confirmé le gel des projets civils israélo-palestiniens.

Dans la foulée, l'armée de l'Etat hébreu a été autorisée à multiplier les opérations punitives. Dans le sud de la bande de Gaza, deux Palestiniens qui se préparaient semble-t-il à tirer des roquettes artisanales «Kassam» ont ainsi été liquidés. A Naplouse (Cisjordanie), trois autres ont également été tués au cours d'un raid terrestre. «Un début», selon les proches du ministre israélien de la Défense, Shaoul Mofaz, pour lesquels «Israël continuera de combattre les terroristes sur leur terrain puisque ce sont les seuls arguments qu'ils comprennent».