Comme prévu par l’accord de réconciliation du 12 octobre dernier, le Hamas a confié à l’Autorité palestinienne (AP) le contrôle des trois principaux points de passage entre la bande de Gaza et Israël ainsi qu’avec l’Egypte. A savoir: Erez, Kerem Shalom (une gare routière par où transitent les marchandises destinées à l’enclave) et Rafah.

Mercredi matin, l’organisation islamiste a donc démantelé les checkpoints qu’elle avait installés depuis son putsch de juin 2007, et l’AP a aussitôt annulé tous les taxes et droits de passage illégalement instaurés depuis dix ans par le Hamas pour alimenter son budget.

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Attendu la semaine prochaine dans l’enclave, le premier ministre de l’AP, Rami Hamdallah, a déclaré que son gouvernement «est prêt à assumer ses responsabilités en pleine concertation avec toutes les factions palestiniennes».

Pas de levée du blocus israélien à court terme

Pour éviter une surprise de dernière minute, le retour de l’AP aux points de passage de la bande de Gaza a toutefois été accompagné par de nombreux agents des Moukhabarat (services de renseignement) égyptiens ainsi que par des représentants européens. A ce propos, il se dit à Gaza-City que des discussions sont en cours en vue de recréer l’«European Union Border Assistance Mission» (Eubam), une force d’observateurs civils européens fondée en 2005 pour aider à gérer le point de passage de Rafah entre Gaza et l’Egypte, mais dont la mission avait été interrompue en raison des tensions ambiantes.

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La reprise en main de la bande de Gaza par l’AP s’accompagne de contacts entre cette dernière et le Cogat, l’administration israélienne chargée de coordonner les activités de ce pays dans les territoires palestiniens. Certes, l’Etat hébreu ne lèvera pas son blocus instauré depuis 2007. Du moins, pas à court terme. Mais les Gazaouis peuvent s’attendre à une amélioration de leur approvisionnement en eau et en électricité. A partir de novembre, ils pourront également quitter plus facilement leur enclave pour se rendre en Egypte afin d’y acheter ce qu’ils souhaitent.

Destruction d’un tunnel par Israël

La réinstallation des forces de sécurité de l’AP à Gaza se déroule cependant dans une période tendue puisque l’armée israélienne a détruit lundi un tunnel d’attaque partant de l’extrême sud de l’enclave palestinienne pour déboucher à environ deux kilomètres du kibboutz Kissoufim, dans l’Etat hébreu. Ce tunnel n’était pas encore opérationnel, mais il avait été creusé par le Djihad islamique, qui ne s’estime pas lié par l’accord du 12 octobre. Selon Khaled al-Batsh, l’un des dirigeants militaires de cette organisation, l’ouvrage devait d’ailleurs servir à «enlever des soldats sionistes afin de les échanger contre nos combattants détenus par l’ennemi».

L’armée israélienne a détruit la sortie du tunnel qui se trouvait sur son territoire, mais l’explosion a provoqué l’effondrement de l’ensemble de l’ouvrage et la mort de plusieurs ouvriers, de cadres importants du Djihad islamique, ainsi que de deux membres des commandos du Hamas accourus pour tenter de les sauver.

Fortes pressions de l’Egypte sur le Hamas

A tort ou à raison, plusieurs commentateurs de la presse israélienne estiment que l’armée de leur pays a, en frappant à deux jours du retour des policiers palestiniens devant les points de passage, voulu «tester» l’accord de réconciliation entre le Hamas et l’AP. Voire provoquer le Hamas et le Djihad islamique.

Or, pour le moment, ceux-ci se sont contentés de réagir par des menaces verbales. Parce que l’Etat hébreu, qui se déclare «prêt à toute éventualité», a déployé un impressionnant dispositif militaire autour de Gaza? Plutôt parce que l’Egypte, dont l’influence avait permis d’aboutir à l’accord de réconciliation inter-palestinien, exerce d’importantes pressions sur le Hamas et sur le Djihad islamique afin qu’ils ne concrétisent pas leurs appels à la vengeance.

Prochaines négociations au Caire

C’est d’ailleurs au Caire que se dérouleront ce mois les prochaines négociations entre le Hamas et l’AP en vue de la constitution d’un gouvernement d’union nationale, de l’intégration de l’organisation islamiste au sein de l’OLP, ainsi que de la préparation des premières élections législatives et présidentielles palestiniennes depuis plus de dix ans.

D’autres rounds de discussions devraient être organisés par la suite. Ils porteront sur l’intégration des forces de sécurité du Hamas dans celles de l’AP ainsi que sur le démantèlement de l’imposant arsenal de l’organisation islamiste. Une échéance que ses dirigeants refusent encore d’envisager pour le moment.