Climat

L'autre pari gagné de la COP 21: celui d'une France mondialisée

En 2012, la France était seule candidate pour accueillir la conférence sur le climat. Ses diplomates voient dans l'accord obtenu samedi la preuve que son influence internationale demeure forte malgré le souverainisme ambiant

La scène se déroule à Doha, au Qatar, en novembre 2012. François Hollande est président de la République depuis seulement six mois, et déjà, sa popularité dans l'hexagone est en berne. La délégation française à la COP 18 organisée dans la capitale Qatarie pousse toutefois ses pions sur ordre de l'Elysée. La conférence de Durban (Afrique du sud) a, l'année précédente, décidé que la COP 21 en 2015 serait le rendez-vous crucial pour le climat mondial. Logique: puisqu'elle interviendra cinq ans avant l'échéance de 2020, que les 180 délégations présentes à Doha ont choisi comme date-butoir du protocole de Kyoto signé le 11 décembre 1997 par 37 pays, mais jamais ratifié par les Etats-Unis.

François Hollande a compris que sur ce terrain du climat, la France pouvait se réconcilier avec la mondialisation si souvent diabolisée.

Quel pays prendra le risque d'accueillir ce sommet supposé marquer un tournant dans la lutte contre le réchauffement ? «François Hollande a compris que sur ce terrain du climat, la France pouvait à la fois démontrer son influence diplomatique, et se réconcilier avec la mondialisation si souvent diabolisée. Rappelez-vous aussi qu'à l'époque, son quinquennat commençait sous le signe de l'alliance entre le PS et les Verts» se souvient un délégué Français présent à Doha. La tenue de la COP 21 à Paris est confirmée un an plus tard, lors de la COP 19 à Varsovie (Pologne).

Ce souvenir, les diplomates français le ressassaient ce week-end autour de la négociatrice en chef Laurence Tubiana, dont le profil atypique (elle est spécialiste des questions de développement) a largement contribué à faciliter le dialogue avec les pays du sud et les organisations non gouvernementales. Il explique aussi pourquoi, samedi à la mi journée, Laurent Fabius a soudain buté sur les mots, saisi par l'émotion, en présentant le texte du futur accord dans la salle plénière Loire, au Bourget. On sait que le ministre Français des Affaires étrangères avait fait de cette négociation une affaire personnelle. On sait moins qu'il lui a fallut constamment veiller au grain, spécialement après les attentats du 13 novembre et les inquiétudes sécuritaires ambiantes. Nuits blanches. Décalages horaires de folie à gérer pour son ultime tournée diplomatique, début novembre, en Afrique du sud, en Inde et au Brésil, avant de retrouver à Paris les représentants des îles d'Océanie. Amitiés nouées au fil des deux pré-COP ministérielles, en septembre et début novembre à Paris.

Sans les sud-africains, nous n'y serions pas arrivés.

«On ne peut pas comprendre ce sucés sans avoir en mémoire les centaines d'événements «climat» organisés par les ambassades de France à travers le monde» nous expliquait juste avant la COP 21 Nicolas Hulot, l'envoyé spécial présidentiel pour la protection de la planète. Autant d'occasions, pour une France qui a encore accusé en 2014 un déficit du commerce extérieur de 53 milliards d'euros, de se repositionner sur les marchés émergents, en promoteur des technologies vertes. L'allié sud-africain, dont le rôle comme porte-parole du G77 (qui regroupe 134 pays en voie de développement) a été crucial durant cette COP, est emblématique de cette démarche «duale». Alors qu'il laisse largement son collègue de la Défense Jean Yves Le Drian gérer le continent noir, Laurent Fabius choie les autorités de Pretoria. N'avait-il pas en 1985, voici trente ans et alors qu'il était premier ministre, décidé d'imposer des sanctions pionnières pour dénoncer l'apartheid? Fabius flatte les sud-africains et se réfère sans cesse au format "Indaba" décidé à la COP 17 de Durban, en 2011, en hommage aux conférences restreintes que les chefs zoulous organisent pour dénouer leurs problèmes tribaux. «Sans les sud-africains, nous n'y serions pas arrivés» jugeait samedi l'entourage du ministre.

France is back!

La France, avocate d'une meilleure gouvernance mondiale: c'est l'objectif qu'avait fixé François Hollande pour cette COP 21. Il se réalise, ironie du calendrier, en pleines élections régionales marquées par l'ombre souverainiste et anti-mondialisation du FN de Marine Le Pen. Elle doit aussi marquer, souligne-t-on au Quai d'Orsay, le leadership français en Europe sur ces sujets. Contrairement à ce qui s'était passé durant la COP 15 à Copenhague en 2009, la Commission européenne, supposée négocier au nom des 28, s'est effacée devant le pays-hôte. Les diplomates ont pris le pas sur les technocrates bruxellois. Les contacts bilatéraux (avec la Chine, avec l'américain John Kerry...) ont été privilégiés pour arrondir les angles. Enjeu mondial d'avenir, diplomatie de proximité. «France is back!» souriait samedi soir une porte-parole française, alors que pleuvaient les messages de félicitations internationaux. 

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