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L’Autriche désenchantée de l’Union européenne

Depuis ce dimanche 1er juillet et jusqu’à décembre prochain, l’Autriche préside le Conseil de l’Union européenne. Mais la coalition au pouvoir, composée du parti conservateur et de l’extrême droite, se montre critique envers Bruxelles

«Quelle est, s’il vous plaît, la position de la Hongrie sur ce sujet?» La question jette un froid dans la salle de classe. Les deux élèves qui se tiennent derrière le drapeau hongrois regardent leurs fiches, espérant y trouver un début de réponse. Mais rien. Ce matin, les étudiants de la Vienna Business School simulent une réunion du Conseil de l’Union européenne sur le thème des fake news. Cette école privée, située en plein cœur de la capitale autrichienne, accueille toute la journée le Bürgerforum Europa, une association chargée de promouvoir l’Europe et ses institutions.

Face au silence des étudiants, Julia Hahn, l’animatrice de l’atelier, reprend: «Est-ce que d’autres Etats ont un avis à émettre?» Le débat peine à être lancé. A la sortie de la salle, Celil, 19 ans, assume: «Je ne connais pas bien les institutions, il y a beaucoup de choses que je ne sais pas sur l’Europe, mais franchement ça ne m’intéresse pas trop.» A côté de lui, Denis, l’un des plus loquaces durant le débat. Malgré son jeune âge, 16 ans, ses connaissances sur l’Europe sont impressionnantes.

«Peut-être que mes camarades ne sont pas tous très intéressés, mais je ne crois pas qu’ils s’en fichent, avance-t-il. Parfois, j’ai l’impression que les Autrichiens ne sont pas conscients des côtés positifs de l’Europe, ils ne voient que les aspects négatifs. Mais je suis sûr que si l’Union européenne n’existait pas, ils réaliseraient très vite à quel point l’Europe est importante et améliore leur quotidien.»

Une minorité de satisfaits

Les Autrichiens souhaitent à une large majorité rester dans l’Union européenne, conscients des bienfaits – économiques notamment – que leur adhésion en 1995 leur a apportés. Et pourtant, à en croire l’Eurobaromètre du Parlement européen publié en mai dernier, seuls 45% des Autrichiens pensent que leur appartenance à l’Union est une bonne chose – contre 60% en moyenne pour les 28 Etats européens –, 39% pensent que ce n’est ni une bonne ni une mauvaise chose et 16% que c’est une mauvaise chose.

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Une insatisfaction difficile à comprendre pour Thomas Schobesberger, bénévole au sein du Bürgerforum Europa: «C’est probablement lié à la politique migratoire de l’Union européenne, qui n’a pas fonctionné. Un échec qui a, sans doute, donné le sentiment à beaucoup d’Autrichiens d’être délaissés, abandonnés. C’est pour le moment la seule explication que je puisse trouver.»

En 2015 et en 2016, lors de la crise des réfugiés, l’Autriche a reçu plus de 130 000 demandes d’asile – un chiffre tombé à moins de 25 000 en 2017. Cela a marqué l’opinion publique autrichienne, mais pour Christoph Hofinger, directeur de l’institut de sondage Sora, cette insatisfaction vis-à-vis de l’Union européenne existait avant cette crise, elle était même plus forte. «Si on regarde les statistiques année après année, on voit que les Autrichiens sont plus pro-européens aujourd’hui, explique-t-il. Ils pourraient l’être davantage, mais il faut comprendre que l’Autriche est marquée depuis plus de trente ans par le FPÖ et que ce parti d’extrême droite martèle que l’Union européenne n’est pas une bonne institution.»

Un gouvernement critique

Le FPÖ est désormais au pouvoir, au sein d’une coalition avec le parti conservateur. Mais plus que le leader d’extrême droite, Heinz-Christian Strache, c’est le chancelier Sebastian Kurz qui devrait incarner cette présidence autrichienne. Une présidence centrée sur la lutte contre l’immigration illégale, a prévenu le jeune conservateur de 31 ans, qui défendait ces derniers jours l’idée de «centres» établis en dehors de l’Union européenne pour les déboutés du droit d’asile.

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Une position critique assumée par Nico Marchetti, député et chef des jeunes conservateurs de Vienne: «L’Autriche a toujours exprimé des critiques et c’est une bonne chose car cela reflète le sentiment de nombreux citoyens en Autriche et en dehors. On ne se contente pas de dire «nous avons peur, ça ne fonctionne pas, c’est mauvais», nous proposons aussi des solutions.» Sebastian Kurz et son gouvernement ont six mois pour faire leurs preuves, avec, en ligne de mire, les élections européennes de 2019.

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