L'assaut des troupes américaines et des forces spéciales irakiennes sur Falloujah s'est poursuivi tout au long de la journée de mardi. Dans la soirée, des unités de Marines progressaient sur la principale avenue centrale de la ville qui la traverse d'est en ouest. «Des chars patrouillent sur Michigan 1», la route baptisée ainsi par les militaires qui passe par le centre de Falloujah, a affirmé le colonel Michael Schupp, commandant des Marines. Un haut responsable militaire en Irak, le général américain Thomas Metz, a indiqué qu'une dizaine de GI avaient été tués depuis le début de l'assaut, sans vouloir donner un bilan précis. Un autre officier, le lieutenant-colonel Patrick Malay, a souligné que l'assaut se déroulait «mieux que prévu». Une vingtaine de combattants insurgés auraient été tués.

Les officiers se sont en revanche montrés beaucoup moins loquaces sur l'étendue des dégâts et des pertes humaines provoquées par le déluge de feu de l'aviation et de l'artillerie, au deuxième jour de l'offensive contre ce bastion rebelle sunnite. De la fumée noire et blanche s'élevait vers le ciel, au moment où l'artillerie, les avions de combat et les chars bombardaient la ville, rencontrant peu de résistance, selon un journaliste accompagnant les Marines. Des hélicoptères lâchent des bombes lumineuses sur les immeubles d'où pointent des lance-roquettes, alors que les rebelles répliquent avec des missiles antiaériens. «Je peux vous dire que les rebelles sont en train de mourir. Plusieurs d'entre eux sont en train de mourir et c'est une bonne chose», a affirmé un commandant américain. Le pilonnage sans interruption de la ville, qui se poursuit depuis plusieurs jours, avait provoqué avant l'assaut la fuite d'environ la moitié de la population estimée à 200 000 personnes. Ceux qui sont restés sont terrés chez eux, sans eau ni électricité.

Les forces américaines ont affirmé qu'il ne reste que 30 000 habitants, mais des responsables irakiens estiment qu'ils sont encore plus de 100 000. La situation sanitaire est devenue très difficile. Une clinique a transformé une ancienne salle de cinéma adjacente en bloc opératoire. Son directeur, le docteur Hachem al-Issaoui, a lancé un appel à l'aide. «Nous n'avons pas assez de médicaments et manquons d'électricité, d'eau et de carburant, et la plupart du temps la clinique est plongée dans l'obscurité. Nous lançons un appel aux organisations internationales pour qu'elles interviennent, sinon ce sera une catastrophe», a-t-il ajouté. Il a précisé que la grande majorité des médicaments ont été stockés dans l'hôpital général de Falloujah, à la lisière ouest de la ville, qui a été pris dans la nuit de dimanche à lundi par les forces américaines et irakiennes.

Face à une puissance de feu très supérieure, la guérilla n'a d'autre choix que la mobilité. Quand les obus pleuvent, ils se mettent à l'abri, mais dès qu'il y a une minute de répit, ils avancent par petits groupes, se mettent en position de combat et ouvrent le feu. Des francs-tireurs sont postés en haut des immeubles pour tenter d'entraver la marche des fantassins américains et tirer sur les hélicoptères qui volent à basse altitude. Fuyant devant les colonnes de blindés, plusieurs groupes d'insurgés se seraient déployés dans la journée à 50 km plus à l'ouest, dans l'autre bastion sunnite rebelle de Ramadi, après le retrait des tireurs d'élite américains d'un hôtel d'où ils contrôlaient cet axe routier. Cette prise de contrôle de Ramadi, si elle se confirmait, entraînerait sans doute le déclenchement d'un autre assaut de la force multinationale, tout aussi meurtrier. Le premier ministre irakien Iyad Allaoui a d'ailleurs ordonné l'instauration d'un couvre-feu à partir de 19 h 30 à Bagdad et dans toutes les grandes villes du pays.