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L’avancée des populismes fait reculer le droit des femmes

La montée en Europe et au-delà d’un populisme de droite véhiculant des idées conservatrices mine les avancées en matière de droits des femmes. Les questions d’égalité disparaissent de l’agenda politique, le droit à l’avortement et à la liberté sexuelle est remis en question

Trump aux Etats-Unis, Bolsonaro au Brésil, Salvini en Italie, Orban en Hongrie, Poutine en Russie, Erdogan en Turquie. Des hommes aux pouvoirs forts, des représentants de groupes socialement privilégiés, qui ont peur de voir leur majorité menacée. Il y a des traits communs dans la posture de ces présidents revendiquant des formes de misogynie, de patriarcat, de conservatisme social et sexuel, comme forme de revanche, ou de résistance face aux demandes féministes. Les nouveaux populismes progressivement rognent les droits des femmes, et l’on assiste à une cristallisation d’un backlash, pour reprendre le titre du best-seller féministe de Susan Faludi, en français un ressac, une objection, un retour en arrière.

Les luttes antiféministes ne sont pas l’apanage des populistes, signale Eléonore Lépinard, professeure associée en études genre à l’Université de Lausanne. «Globalement, ce n’est pas comme si la terre entière était convertie à l’idée de l’égalité hommes-femmes, mesure-t-elle. Les populismes de ce point de vue ne sont pas à distinguer des gouvernements de droite qui, lorsqu’ils en ont l’occasion, coupent par exemple les financements pour les études genre ou décident de ne plus faire rembourser la pilule du lendemain. On ne doit pas se méfier que des populistes. Les mouvements antiféministes ont toujours été là et n’ont pas attendu la prise de pouvoir par des gouvernements populistes pour exister, en revanche ce sont les gouvernements de droite conservatrice ou populiste qui leur donnent la possibilité de s’exprimer plus ouvertement, d’être légitimés et de voir leurs demandes traduites dans des lois». Aux Etats-Unis par exemple, plusieurs Etats ont ces derniers mois opéré des retours en arrière au sujet de l’avortement. En Ohio, dans le Tennessee, et surtout en Alabama, qui l’a complètement interdit sauf en cas de danger mortel pour la mère. En Pologne, le gouvernement est revenu au printemps dernier à la charge avec un projet de loi plus restrictif sur le même thème. Quant à Lorenzo Fontana, ministre de la Famille du gouvernement italien, il déclarait au début de son mandat qu’il comptait «dissuader les femmes d’avorter».